Objectifs du parcours
Ce que tu vas savoir faire
- Distinguer justice, droit et institution judiciaire.
- Comparer égalité arithmétique, égalité proportionnelle et équité.
- Évaluer plusieurs principes de distribution.
- Distinguer légalité et légitimité.
- Expliquer le rôle d'une procédure impartiale.
- Problématiser la désobéissance à une loi injuste.
- Construire un paragraphe de dissertation sur la justice.
Le chapitre en bref
La justice ne se réduit ni à l'égalité arithmétique ni à l'application mécanique du droit. Elle demande ce qui est dû à chacun, selon quel principe et par quelle institution. L'égalité protège un statut commun ; l'équité tient compte d'une différence pertinente ; la justice distributive compare les critères de partage ; la justice corrective répare un tort. Une loi est légale lorsqu'elle respecte les procédures en vigueur, mais sa légitimité dépend des raisons qui peuvent la justifier. Les institutions judiciaires rendent le conflit examinable par la preuve, le contradictoire et le recours. Elles restent faillibles et peuvent être contestées. Au bac, il faut toujours préciser le bien distribué, le critère retenu, les personnes concernées et la procédure qui tranche.
1. De quoi parle-t-on lorsqu'on demande justice ?
Dire d'une personne qu'elle est juste, d'une règle qu'elle est juste et d'un tribunal qu'il rend justice n'a pas le même sens. La vertu désigne une disposition à agir sans favoritisme ; le droit forme un ensemble de normes communes ; l'institution judiciaire tranche des litiges par une procédure. Une copie qui passe de l'un à l'autre sans le signaler produit des contradictions apparentes.
Aristote distingue déjà plusieurs opérations. La justice distributive répartit des biens ou des charges selon une proportion ; la justice corrective rétablit un équilibre lorsqu'un tort a été commis. Donner la même note à tous relève d'une égalité arithmétique, mais noter un devoir selon des critères communs cherche une égalité proportionnée au travail rendu. Avant de juger une distribution, il faut donc demander ce qui est distribué et selon quelle raison.
Le droit rend ces exigences publiques et relativement stables. Pourtant, une règle juridique ne devient pas juste par sa seule existence. Inversement, le sentiment personnel d'injustice ne suffit pas à annuler une règle commune. Le problème philosophique naît de cette double exigence : nous avons besoin d'institutions pour sortir du rapport de force, mais nous devons pouvoir évaluer leurs règles au nom de raisons qui ne dépendent pas seulement du pouvoir établi.
Cette tension permet de construire un raisonnement complet. La justice comme vertu demande quel type de personne nous voulons devenir ; la justice comme principe demande quelle règle peut être justifiée à tous ; la justice comme institution demande qui tranche, selon quelle procédure et avec quels recours. Ces niveaux ne se remplacent pas. Un juge intègre ne peut corriger librement une loi défectueuse, et une bonne loi peut être appliquée avec partialité. L'objection du réaliste, selon laquelle la justice ne serait qu'un nom donné au rapport de force, doit alors être prise au sérieux : sans puissance publique, une décision reste impuissante. Mais la force explique qu'une règle soit imposée, non qu'elle soit légitime. Dans une copie, on peut ainsi partir d'un conflit concret, distinguer le bien recherché, la règle et son application, puis demander si les raisons avancées pourraient être acceptées par ceux qui supportent la décision.
Un texte à connaître
« Le juste est ce qui est légal et équitable. »
Ce que le texte établit. Aristote réunit deux dimensions : le respect de la règle commune et la recherche d'une égalité ajustée aux rapports entre les personnes.
Dans une copie. Cette formule ouvre une dissertation en montrant que la justice concerne à la fois le droit positif et la manière d'établir une égalité.
2. L'égalité suffit-elle à être juste ?
L'égalité interdit d'abord le privilège : deux personnes placées dans la même situation doivent relever de la même règle. Cette égalité devant la loi protège contre l'arbitraire. Mais traiter identiquement des situations réellement différentes peut maintenir un désavantage. Une rampe d'accès n'accorde pas un privilège ; elle rend possible l'usage d'un bâtiment selon une capacité différente.
Aristote appelle équité la correction de ce que la loi générale ne pouvait prévoir dans un cas singulier. La loi n'est pas mauvaise parce qu'elle parle généralement : aucune règle ne peut détailler toutes les circonstances. Le juge équitable cherche ce que le législateur aurait décidé s'il avait connu le cas. L'équité n'autorise donc ni la faveur privée ni l'émotion sans principe.
Il faut enfin distinguer égalité des droits, égalité des chances et égalité des résultats. Chacune répond à une injustice différente et peut entrer en tension avec les autres. Une dissertation ne doit pas demander abstraitement s'il faut l'égalité, mais quelle égalité est pertinente, à quel moment et pour protéger quoi. L'objection décisive consiste à vérifier si la différence retenue est réellement liée à l'objectif de la règle.
Le contrôle peut être formulé en quatre questions. Quel bien la règle distribue-t-elle : un droit, une charge, une ressource ou une reconnaissance ? Quelle différence entre les personnes est invoquée ? Cette différence modifie-t-elle effectivement leur situation devant le bien recherché ? Enfin, le traitement choisi corrige-t-il l'écart sans créer une charge disproportionnée ? Ce protocole évite deux erreurs symétriques. La première transforme toute différence en discrimination ; la seconde appelle « équité » n'importe quel privilège. L'équité n'est pas le contraire de l'égalité mais l'effort pour accomplir l'intention d'une règle générale dans une situation qu'elle ne pouvait entièrement prévoir. Au bac, cette analyse permet de répondre à l'objection selon laquelle toute adaptation serait arbitraire : l'adaptation reste justiciable de raisons publiques et comparables.
À observerCompare ce qui est strictement identique dans la première scène et ce qui change dans la seconde. Quel critère de justice chaque aménagement semble-t-il privilégier ?
Même traitement ou accès effectivement égal ? Une règle identique peut produire des possibilités inégales. L'équité cherche alors une adaptation justifiable, non un privilège arbitraire.
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Un texte à connaître
« La faute est tout entière dans la nature même de la chose. »
Ce que le texte établit. La généralité de la loi rencontre des cas particuliers qu'elle ne pouvait tous prévoir ; l'équité en rectifie l'application sans abolir la règle.
Dans une copie. Aristote permet d'expliquer pourquoi une adaptation peut être plus fidèle à la justice que l'application littérale d'une règle générale.
3. Que faut-il distribuer et selon quel principe ?
Un désaccord sur la justice cache souvent deux questions. Les personnes ne s'accordent pas sur ce qu'il faut distribuer, puis elles privilégient des critères différents. Un concours distribue des places selon une performance ; une aide sociale répond à un besoin ; un impôt finance des biens communs selon une capacité contributive. Appliquer partout le mérite ou partout l'égalité stricte serait aussi aveugle que n'employer aucun principe.
Rawls propose une expérience de pensée : choisir les principes de la société sans connaître sa future place, ses talents ni son milieu. Ce voile d'ignorance ne décrit pas une réunion réelle. Il sert à neutraliser les avantages particuliers lors du choix. Des personnes prudentes protégeraient des libertés égales et n'accepteraient des inégalités que si leurs règles amélioraient aussi la situation des moins avantagés.
L'objection porte sur ce que cette procédure laisse de côté : la responsabilité individuelle, l'histoire des possessions, les besoins particuliers ou la pluralité des biens. Elle ne suffit pas à réfuter Rawls ; elle oblige à comparer les principes sur des cas précis. Au bac, un auteur est utile lorsqu'il permet de construire ce test, pas lorsqu'on récite une formule sur l'égalité sans expliquer le dispositif qui la justifie.
Il faut surtout éviter d'appliquer un principe unique à tous les biens. Une place dans une équipe, une aide d'urgence, un droit politique et une sanction ne se distribuent pas selon la même logique. Le mérite peut être pertinent pour une sélection sportive et indécent pour l'accès aux soins vitaux. Le besoin peut justifier une aide, mais ne détermine pas seul qui doit exercer une fonction exigeant une compétence. Une analyse distributive commence donc par la finalité du bien, puis compare les critères concurrents. Elle doit aussi demander qui définit le mérite et dans quelles conditions les performances ont été produites. Cette question empêche de naturaliser des avantages sociaux. Dans une dissertation, la progression peut aller de l'égalité formelle à la correction des conditions de départ, puis à la limite suivante : corriger les inégalités ne signifie pas abolir toute différence ni tout choix individuel.
Un texte à connaître
« La justice est la première vertu des institutions sociales. »
Ce que le texte établit. Une institution efficace doit encore être évaluée selon la manière dont elle distribue droits, avantages et charges entre les personnes.
Dans une copie. Rawls permet de déplacer la question des intentions individuelles vers les règles de base qui organisent durablement la société.
4. Une loi légale est-elle nécessairement juste ?
La légalité désigne la conformité d'une règle ou d'une décision au droit en vigueur. La légitimité demande si l'autorité et la norme peuvent être justifiées. Une décision peut donc être légale et néanmoins contestée comme injuste. Confondre les deux interdirait toute critique du droit ; les séparer absolument ferait dépendre l'obligation de l'opinion privée de chacun.
Pascal montre que la justice sans force reste impuissante, tandis que la force sans justice devient tyrannique. Une institution doit pouvoir faire appliquer ses décisions, mais cette efficacité ne prouve pas leur justice. La difficulté est de joindre la force publique à des règles justifiables, contrôlées et révisables. La stabilité n'est pas l'ennemie de la critique : elle fournit aussi les procédures par lesquelles une norme peut être contestée.
Pour raisonner, il faut distinguer l'obéissance prudente, l'obligation juridique et l'obligation morale. Je peux obéir par peur de la sanction sans reconnaître la règle comme juste. Je peux aussi respecter une procédure tout en demandant sa réforme. Une bonne copie ne conclut donc ni que toute loi oblige moralement, ni que chaque conviction personnelle autorise à désobéir. Elle recherche les critères publics de la légitimité.
La légitimité demande alors plus que l'origine régulière d'une norme. Une décision majoritaire peut respecter la procédure tout en portant atteinte à des droits qui rendent précisément la délibération démocratique possible. La publicité de la loi, la non-rétroactivité, l'égalité devant les règles, la possibilité du recours et la protection des libertés forment donc des critères distincts du simple comptage des voix. L'objection est qu'aucun de ces principes ne s'applique mécaniquement : des droits peuvent entrer en conflit et les juges eux-mêmes interprètent. Cette limite n'abolit pas la distinction entre légal et le légitime ; elle montre que la légitimité est une justification toujours exposée à la critique. Au bac, il faut formuler cette critique en raisons généralisables, et non opposer simplement sa conscience personnelle au droit positif.
Un texte à connaître
« La justice sans la force est impuissante : la force sans la justice est tyrannique. »
Ce que le texte établit. Le droit doit joindre une exigence normative à une puissance d'exécution ; aucune des deux dimensions ne suffit seule.
Dans une copie. La formule permet de problématiser le rapport entre le droit et la force sans réduire le droit au pouvoir du plus fort.
5. Pourquoi confier la justice à une institution ?
Dans un conflit qui nous concerne, nous sommes tentés d'être juge et partie. La vengeance privée répond au tort par une nouvelle violence dont la mesure dépend du plus fort. Une institution judiciaire transforme le conflit en question examinable : qui affirme quoi, quelles preuves sont recevables, quelle règle s'applique et quelle décision peut être motivée ?
L'impartialité n'exige pas un juge sans histoire ni sensibilité. Elle exige des dispositifs qui limitent les préférences personnelles : contradiction des arguments, publicité définie des débats, motivation, séparation des fonctions et possibilité de recours. Montesquieu insiste sur la séparation du pouvoir de juger, parce qu'un pouvoir qui fait la loi, l'exécute et juge ses propres actes peut devenir arbitraire.
Ces procédures ne rendent pas l'institution infaillible. Les preuves peuvent manquer, les règles être injustes et les acteurs se tromper. Mais l'erreur devient contestable selon des formes communes. L'objection contre une décision ne doit donc pas se limiter à affirmer qu'elle déplaît : elle doit viser un fait, une règle, une interprétation ou une procédure et montrer comment cette défaillance a affecté le jugement.
On peut alors distinguer justice procédurale et justice substantielle. La première évalue les conditions de la décision : impartialité, contradiction, motivation, délai raisonnable, possibilité d'appel. La seconde évalue son contenu : les faits sont-ils correctement établis, la règle est-elle acceptable, la sanction est-elle proportionnée ? Une procédure parfaite ne rendrait pas juste une loi ouvertement discriminatoire ; une conclusion moralement souhaitable obtenue par favoritisme fragiliserait pourtant l'institution. Le droit organise ces deux exigences sans garantir leur accord automatique. Cette distinction donne une structure de paragraphe efficace : exposer pourquoi l'institution est nécessaire pour soustraire le jugement à la vengeance, montrer les garanties qu'elle construit, puis examiner les voies par lesquelles elle peut corriger ses propres erreurs. On ne défend ainsi ni une confiance aveugle dans les juges, ni le retour au jugement privé.
À observerRepère les deux parties, les éléments de preuve, le tiers qui examine et le chemin de la décision. Que permet cette organisation qu'une vengeance immédiate ne permet pas ?
De la plainte à une décision motivée Instituer la justice, c'est soumettre le conflit à des règles, des preuves et une décision qui doit pouvoir être justifiée.
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Un texte à connaître
« Il n'y a point encore de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée. »
Ce que le texte établit. L'indépendance du jugement protège les citoyens contre la concentration arbitraire des pouvoirs.
Dans une copie. Montesquieu permet de montrer que la justice dépend aussi de l'organisation des institutions, pas seulement de la vertu des personnes.
6. Peut-on désobéir au nom de la justice ?
Si aucune loi n'est au-dessus de la critique, une loi injuste peut sembler perdre toute autorité. Pourtant, autoriser chacun à soustraire ses actes au droit dès qu'il se croit juste détruirait la règle commune. Il faut distinguer le refus intéressé, l'objection de conscience et la désobéissance civile, qui conteste publiquement une norme au nom de principes présentés comme communs.
Thoreau refuse que la délégation politique dispense la conscience individuelle d'examiner l'injustice. Mais l'appel à la conscience ne suffit pas : une conviction peut être fanatique ou erronée. La désobéissance devient politiquement argumentable lorsqu'elle vise une injustice définie, rend ses raisons publiques, limite autant que possible la violence et accepte que l'acte soit discuté et jugé.
L'objection la plus forte rappelle que l'État de droit offre des élections, des recours et des procédures de réforme. La réponse doit donc examiner l'urgence, la gravité du tort, l'accès réel à ces voies et la proportion de l'action. Au bac, la conclusion n'est pas que désobéir est toujours juste, mais que l'obéissance au droit ne peut abolir la responsabilité de juger ses lois.
La désobéissance civile ajoute des critères qui permettent de la distinguer de la simple infraction avantageuse : elle formule publiquement un grief, vise une règle ou une politique identifiable, accepte la discussion et limite ses moyens pour ne pas détruire les conditions de la vie commune qu'elle cherche à rendre plus juste. La non-violence n'est pas seulement une vertu morale ; elle peut manifester que l'adversaire demeure un interlocuteur. Une objection demeure : l'obligation d'accepter la sanction peut favoriser ceux qui disposent déjà de ressources ou rendre inefficace la contestation d'une injustice grave. Il faut donc éviter d'en faire une recette universelle. Dans une dissertation, la bonne conclusion conditionne la justification à la gravité du tort, à l'épuisement raisonnable des recours, à la proportion des moyens et à la capacité de rendre compte publiquement de l'action.
Un texte à connaître
« Il faut être homme avant d'être sujet. »
Ce que le texte établit. L'appartenance à un État n'abolit pas la responsabilité personnelle lorsqu'une règle nous associe à une injustice.
Dans une copie. Thoreau permet de défendre la possibilité d'une désobéissance de principe, à condition d'en examiner les critères et les risques.
Erreurs fréquentes
L'essentiel à mémoriser
- La justice articule une exigence, des règles et des institutions ; il faut préciser laquelle est interrogée.
- L'équité corrige une règle générale à partir d'une différence pertinente, non d'une préférence personnelle.
- Aucun principe distributif n'est juste isolément : il faut préciser le bien, la situation et les raisons du critère.
- La légalité établit la validité juridique ; la légitimité interroge les raisons pour lesquelles une règle mérite l'obéissance.
- La procédure judiciaire remplace la vengeance par une décision motivée, contrôlable et susceptible de recours.
- Une désobéissance peut viser la justice si ses raisons sont publiques, son objet précis et ses moyens proportionnés.
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Sources et traçabilité
Dernière vérification : 2026-08-21
- Programme de philosophie de Terminale générale, Ministère de l'Éducation nationale, consulté le 2026-08-12.
- Programmes et ressources en philosophie, voie GT, Éduscol, consulté le 2026-08-12.
- Définition consolidée de l'épreuve terminale de philosophie, Éduscol, consulté le 2026-08-12.
- Éthique à Nicomaque, livre V, Aristote, consulté le 2026-08-13.
- Théorie de la justice (1971), John Rawls, consulté le 2026-08-13.
- Pensées, fragment Justice et force, Blaise Pascal, consulté le 2026-08-13.
- De l'esprit des lois, livre XI, chapitre VI (1748), Montesquieu, consulté le 2026-08-13.
- La Désobéissance civile (1849), Henry David Thoreau, consulté le 2026-08-13.