HLP · Terminale
Les métamorphoses du moi : rester soi-même, est-ce demeurer identique ?
Changer de caractère, être vu autrement, retrouver un souvenir : comment reconnaître le même sujet à travers ces transformations ? Ce cours de HLP Terminale compare les critères de Locke, la génération de Musset, les regards de Pirandello, la création de Rimbaud, le rêve chez Nerval et Freud, le devenir de Nietzsche et les récits de Proust et Woolf.
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Une première étude des explications, schémas, exemples résolus et erreurs expliquées. Les activités, productions, quiz et cartes réservés à l’abonnement ne sont pas comptés ici.
- Comprendre4320 mots d’explication et 8 schémas
- 27 à 43 min
- Étudier les exemples et les erreurs8 cas, exemples et activités guidés
- 16 à 32 min
Étude du cours en accès libre, environ40 min à 1 h 15
Voir le calcul et le temps par étape
Le calcul suit automatiquement les explications et les tâches présentes dans le cours. Ses coefficients sont des repères de planification, pas des temps mesurés auprès d’élèves.
- Lecture active : 4320 mots, à raison de 160 à 220 mots par minute.
- Schémas : 8, avec 1 à 2 min pour lire chacun.
- Exemple guidé : 8 × 2 à 4 min.
- Locke : être le même, est-ce se ressembler ?5 à 10 min
- Musset : peut-on expliquer un moi par le mal de son siècle ?5 à 10 min
- Pirandello : quand un détail devient-il un autre portrait de soi ?5 à 10 min
- Rimbaud : « Je est un autre » supprime-t-il l’auteur de la parole ?5 à 9 min
- Nerval et Freud : comment le rêve devient-il une forme à lire ?5 à 10 min
- Nietzsche, 1888 : devenir, détours et organisation de soi5 à 9 min
- Proust, 1927 : souvenirs, transformations et moi successifs5 à 10 min
- Orlando : comment une biographie raconte-t-elle une continuité à travers l’extraordinaire ?5 à 10 min
Les sous-totaux sont arrondis à la minute, puis additionnés. La fourchette totale est élargie aux cinq minutes voisines. Les étapes ci-dessus comprennent leurs explications et exemples ; elles ne s’ajoutent pas une seconde fois au total.
Adapte ce repère à tes acquis et au soin apporté aux exercices. Les pauses, les reprises, la consultation des sources externes et les révisions suivantes s’ajoutent selon tes besoins.
Avec les ateliers, les entraînements écrits, le quiz et les cartes : environ 2 h 40 à 4 h 30, à répartir sur plusieurs séances.
Objectifs du cours
Ce que tu vas savoir faire
- Distinguer identité numérique, ressemblance et continuité personnelle à partir de Locke.
- Expliquer comment Musset transforme une histoire collective en horizon du récit de soi.
- Analyser les regards sur Moscarda et distinguer personnage, narrateur et auteur.
- Relier « Je est un autre » aux métaphores et au travail poétique de la lettre à Demeny.
- Comparer la mise en récit du rêve chez Nerval et les opérations théoriques décrites par Freud.
- Expliquer l’articulation entre organisation du devenir et autobiographie chez Nietzsche.
- Étudier comment Proust et Woolf relient des transformations par la mémoire et le récit.
- Rédiger une interprétation, discuter un critère d’identité et défendre une réponse à l’oral à partir d’un dossier.
Étape du cours · 5 à 10 min
Locke : être le même, est-ce se ressembler ?
Deux camarades peuvent défendre exactement les mêmes idées sans devenir une seule personne. Inversement, un personnage peut abandonner une opinion, vieillir et changer de métier tout en demeurant celui dont le récit suit la vie. Ce contraste distingue l’identité numérique, le fait d’être un seul et même individu, de la ressemblance qualitative, le partage de caractères. Le mot « même » couvre ainsi deux questions. Dans « je ne suis plus le même », la voix peut annoncer une transformation de caractère sans affirmer la disparition de l’individu qui parle. Commence donc une analyse par préciser ce qui demeure ou change : une apparence, une manière de penser, une vie corporelle, la reconnaissance d’un acte passé. Le pronom « je » situe la parole ; il ne tranche pas, à lui seul, entre ces critères d’identité.
Un antécédent philosophique éclaire ce problème avant les récits du romantisme et du XXe siècle. Locke consacre un chapitre de son Essai sur l’entendement humain à l’identité et à la diversité, ajouté dans la deuxième édition de 1694. Il distingue la même substance, le même homme et la même personne. Une vie corporelle peut se poursuivre tandis que ses particules matérielles changent, comme un arbre qui grandit reste cet arbre. L’identité de la personne concerne, elle, un être pensant capable de réflexion, qui se considère comme lui-même en différents temps et lieux. La conscience permet de reconnaître une pensée ou une action passée comme sienne. Cette relation ne se confond pas avec le fait de posséder des informations sur une biographie : savoir qu’un prince a promis quelque chose n’est pas encore se reconnaître comme l’auteur de sa promesse.
Pour séparer les critères, Locke imagine que l’âme d’un prince, emportant la conscience de sa vie passée, anime le corps d’un cordonnier dont l’âme est partie. L’hypothèse maintient la conscience du prince et fait varier le corps. Locke conclut qu’il s’agirait de la même personne que le prince, mais pas du même homme au sens corporel : les autres reconnaîtraient le cordonnier. La dernière question de l’extrait oblige à cesser d’employer « homme » et « personne » comme des synonymes. La responsabilité intervient parce qu’une personne s’approprie ses actions : dans l’hypothèse, les actions reconnues sont celles du prince. La scène sert à tester une distinction conceptuelle ; sa force vient précisément du désaccord qu’elle organise entre les indices habituellement réunis dans une seule vie.
Cette expérience invite aussi à examiner ce qui a été supposé. Locke ne décrit pas un transfert effectivement observé. Au paragraphe 13, il demande comment une conscience pourrait être transférée et comment distinguer l’appropriation véritable d’une représentation trompeuse du passé. Le souvenir déclaré n’est donc pas un instrument infaillible pour décider qui quelqu’un est. Dans une lecture littéraire, on peut prolonger la question en comparant récit présent, paroles antérieures, gestes et regards. Cette méthode d’analyse est notre usage du problème, non une définition supplémentaire attribuée à Locke. Elle permettra de comprendre pourquoi les auteurs suivants font diverger des indices : chez Pirandello, une image de soi et le regard d’autrui ; chez Proust, un nom familier et un visage transformé. À chaque fois, il faudra préciser le critère qui soutient la continuité.
Voir pour comprendre
Trois questions cachées dans « être le même »
L’expérience du prince et du cordonnier sépare des indices qui coïncident habituellement.
| Question | Critère examiné |
|---|---|
| Ont-ils les mêmes opinions ? | Ressemblance qualitative : deux personnes différentes peuvent se ressembler. |
| S’agit-il du même homme vivant ? | Continuité d’une vie corporelle organisée, malgré le changement de ses particules. |
| S’agit-il de la même personne chez Locke ? | Conscience par laquelle un être pensant se reconnaît comme lui-même et s’approprie des actions. |
Lis le schéma. Lis la question de gauche, puis le critère qui lui correspond. Les lignes ne forment pas un score d’identité.
Une ressemblance, une continuité corporelle et une continuité de conscience ne répondent pas à la même question.
Exemples résolus et erreurs expliquées
Exemple guidé
ConsigneMatériau fictif : dans un roman, Inès lit son ancien discours : « Je pensais que toute compétition était inutile. » Elle ajoute : « J’ai changé d’avis après avoir organisé un tournoi coopératif ; je reconnais pourtant ce discours comme le mien. » Une copie conclut : « Puisque son opinion est opposée, ce sont deux personnes différentes. » Que confond-elle ?
MéthodeDistinguer le changement qualitatif de la reconnaissance de soi dans le temps, puis citer les deux indices que le récit fournit.
Correction
L’opinion d’Inès a changé : elle critique maintenant son jugement ancien. Ce changement qualitatif ne suffit pas à établir le remplacement de la personne. Le récit fait suivre une même vie et donne une reconnaissance explicite : « je reconnais pourtant ce discours comme le mien ». La formule permet de rapprocher le passage de la question de Locke sur l’appropriation d’une pensée passée, sans prétendre résoudre toutes les difficultés de l’identité personnelle. Inès relit une pensée qu’elle n’approuve plus ; elle ne dit pas qu’une autre personne l’a formulée.
Transfert fictif : « Sami connaît par cœur le journal d’un navigateur. Il raconte son départ à la première personne pendant une lecture publique. À la fin, il précise : je jouais son rôle. » Le pronom et la précision du récit suffisent-ils à faire de Sami la personne du navigateur ? Réponds en deux phrases.
Correction du transfert
Non : Sami rapporte avec précision les pensées d’un autre et adopte une voix dans une lecture. Il ne se reconnaît pas comme l’auteur des actions passées ; le texte précise qu’il joue un rôle. La connaissance d’une biographie et la première personne grammaticale ne suffisent pas à la continuité de conscience discutée par Locke.
Étape du cours · 5 à 10 min
Musset : peut-on expliquer un moi par le mal de son siècle ?
La Confession d’un enfant du siècle commence par interroger la manière de raconter une vie. « Pour écrire l’histoire de sa vie, il faut d’abord avoir vécu ; aussi n’est-ce pas la mienne que j’écris. » Le narrateur ne renonce pas pour autant à parler de lui : il invente la forme d’une confession offerte à ceux de son âge. La métaphore du membre blessé, séparé puis montré sur la place publique, donne une fonction au récit : isoler une période, la rendre visible et en chercher les causes avec d’autres. Le roman associe ainsi le singulier et le collectif dès l’incipit. Le « moi » n’est pas dissous dans la génération ; il devient une voix qui cherche une communauté de lecteurs et transforme une expérience en objet d’examen littéraire.
Le chapitre II construit ensuite une génération par une vaste scène historique. Les enfants nés pendant les guerres de l’Empire entendent les tambours, voient les pères repartir et reçoivent des récits de gloire avant de rencontrer une France revenue au silence. Musset ne juxtapose pas une chronologie et une psychologie : il emploie des images, des reprises et des contrastes pour faire sentir l’écart entre un imaginaire héroïque et les possibilités du présent. Les pronoms collectifs, les tableaux de rues et les métaphores de ruine produisent un « nous » narratif. L’histoire devient donc une réserve de figures et d’attentes par lesquelles le personnage pourra comprendre son désenchantement, plutôt qu’une force abstraite qui expliquerait seule toutes ses décisions.
Musset dessine d’abord le siècle présent comme une mer entre passé et avenir, où le marcheur ne sait s’il avance sur une semence ou sur un débris ; il ajoute ensuite : « Voilà dans quel chaos il fallut choisir. » L’ordre est décisif : l’image prépare la formule et fait du présent une situation de choix dans un monde aux signes contradictoires. Le récit historique fait donc entrer l’incertitude dans la représentation de soi. Le jeune homme reçoit des récits impériaux, des discours sur la liberté, des pratiques sociales et des déceptions ; il doit encore interpréter ces éléments et leur donner une direction. La prose de Musset transforme une crise historique en horizon romanesque, avec ses possibles, ses conflits et ses formes de parole.
Une lecture attentive voit aussi que cette fresque est prononcée par une voix qui cherche à persuader. Les hyperboles, les personnifications et l’alternance de grandeur et de vide donnent au siècle une physionomie dramatique. Le prologue ne livre donc pas une enquête statistique sur la jeunesse française : il compose le cadre à partir duquel la confession pourra prendre sens. Cette construction est sa force littéraire. Elle permet de lire Octave comme un personnage situé, traversé par des modèles collectifs, tout en suivant ce qu’il fait de ces modèles dans ses relations et ses choix. Le « mal du siècle » devient alors moins une étiquette qu’un problème de narration : comment relier une histoire commune à la responsabilité singulière d’un personnage ?
Voir pour comprendre
Du récit historique au récit de soi chez Musset
La première partie ne fait pas de l’époque une cause unique : elle organise une chaîne entre événements racontés, imaginaires collectifs, attentes et choix romanesques.
- 1Événements et récits héritésGuerres de l’Empire, chute de Napoléon et restauration forment le passé que le texte rappelle aux enfants nés dans cette période.
- 2Imaginaires et contrastesTambours, gloire, silence, ruines et liberté composent des attentes contradictoires plutôt qu’un caractère uniforme.
- 3Situation de choixLa mer entre passé et avenir représente un présent incertain où les jeunes doivent interpréter les signes disponibles.
- 4Confession romanesqueUne voix relie ensuite ce cadre collectif à une expérience singulière, dont les actes et les relations restent à lire.
Lis le schéma. Lis chaque étape comme une médiation. Le passage historique devient une explication de soi parce qu’une voix sélectionne des images, les adresse à une génération et les relie à une confession.
Une identité générationnelle est une construction littéraire : elle éclaire une situation, mais elle laisse à analyser les décisions et les relations du personnage.
Exemples résolus et erreurs expliquées
Exemple guidé
ConsigneMatériau fourni, cas fictif : Nora grandit dans une ville dont l’usine a fermé. Son grand-père raconte souvent les cortèges d’autrefois ; au lycée, elle hésite entre une formation locale et un départ. Dans son journal, elle écrit : « Nous avons tous perdu notre avenir. » Explique en huit à dix lignes comment analyser cette phrase à la manière de Musset : distingue le récit collectif, les éléments précis de sa situation et le choix que la formule risque de masquer.
MéthodeRepère d’abord les données collectives, la fermeture, les récits du grand-père et les possibilités locales. Distingue ensuite le « nous » de Nora de ce qui lui appartient singulièrement : son hésitation entre deux projets. Analyse enfin le mot « tous » comme une généralisation qui donne une force dramatique à son texte sans démontrer que chaque habitant vit la même situation. Conclus sur le rapport entre condition historique et décision personnelle.
Correction
La phrase de Nora transforme une situation économique et familiale en récit de génération. La fermeture de l’usine et les souvenirs du grand-père rendent plausible le sentiment d’un avenir incertain ; ils fournissent des images et une mémoire collective. Pourtant, « nous avons tous » ne décrit pas exactement chaque habitant, et il ne répond pas à sa propre hésitation entre rester et partir. Comme chez Musset, le contexte éclaire l’horizon dans lequel le personnage choisit, mais il ne choisit pas à sa place. Une analyse juste étudie donc l’effet du « nous », puis revient aux possibilités et aux décisions que le journal laisse ouvertes.
Dossier fictif : dans un roman, deux amis ont connu la même inondation. L’un écrit : « Notre quartier a appris à attendre les alertes » ; l’autre écrit : « Depuis cette nuit, je vérifie chaque pont avant de rentrer. » Compare ces deux phrases : laquelle construit une expérience collective, laquelle singularise une conduite, et quel lien prudent peux-tu établir entre elles ?
Correction du transfert
La première phrase construit un « notre quartier » : elle donne une habitude partagée à un groupe, mais ne détaille pas les variations entre habitants. La seconde relie l’événement à un geste précis du narrateur. On peut dire que l’inondation et les récits collectifs fournissent un cadre à cette vigilance ; on ne peut pas en faire la cause unique, puisque le texte ne donne ni d’autres expériences ni le raisonnement complet du personnage.
Étape du cours · 5 à 10 min
Pirandello : quand un détail devient-il un autre portrait de soi ?
Au début d’Uno, nessuno e centomila, Vitangelo Moscarda s’attarde devant un miroir. Sa femme, Dida, croit qu’il examine la direction de son nez et lui apprend qu’il penche vers la droite. Cette remarque n’est pas une expertise sur un visage : elle est une parole située, adressée à Moscarda, puis reprise par lui. L’écart entre ce qu’il croyait savoir de son apparence et ce que Dida lui fait voir ouvre le récit. Le détail est comique parce qu’il est minuscule, mais il dérange une évidence : on peut habiter son corps sans le regarder comme le regarde une autre personne. Le miroir ne supprime pas l’écart. Moscarda y cherche un visage qu’il puisse reconnaître, tandis que la phrase de Dida rappelle qu’une apparence se décrit depuis un point de vue.
La première personne rend cette découverte plus complexe qu’une opposition entre une image vraie et une image fausse. Moscarda raconte son étonnement, ses questions et ses généralisations : il est à la fois celui qui vit la scène et celui qui lui donne après coup une forme de récit. Le texte fait entendre trois plans : le trait visible, l’interprétation de Dida et la réflexion de Moscarda sur ce que cette interprétation modifie dans sa manière de se penser. Les confondre conduirait à dire que Dida possède toute la vérité du personnage ou que sa remarque ne compte pas. Le roman montre plutôt qu’un regard produit un effet réel dans une relation, sans épuiser une personne ni fixer définitivement son sens.
À partir de ce dialogue, Moscarda élargit l’expérience : ceux qui le connaissent composent chacun un Moscarda selon les gestes retenus, les rôles attribués et les circonstances de la rencontre. Cette multiplication est une construction romanesque, non un recensement mesurable de personnalités. Le titre associe trois termes paradoxaux : « un » désigne l’unité espérée, « personne » la difficulté à la saisir et « cent mille » la prolifération des images. Il faut cependant suivre les indices du texte. Un même nom, un même corps raconté, des relations et des actes passés assurent une continuité narrative. Le roman met à l’épreuve la prétention d’un seul regard à coïncider avec l’être entier de Moscarda, non l’existence de tout lien commun.
Pars donc d’une scène et non d’une formule isolée. Identifie qui parle, ce qui est décrit et la réaction que le récit donne à voir. Demande comment le miroir, l’adresse de Dida et le commentaire du narrateur transforment un trait physique en question sur la reconnaissance. Tu peux soutenir que le roman rend sensible la distance entre l’image vécue et l’image attribuée. Cette interprétation reste littéraire : elle ne transforme pas Moscarda en cas à expliquer ni ne tire une règle sur une personne réelle. Une autre lecture peut souligner l’ironie du narrateur ou la disproportion comique de son raisonnement, si elle revient aux mêmes indices. Distingue toujours le personnage, la voix qui raconte et Pirandello, auteur de cette expérience de fiction.
Voir pour comprendre
Du nez de Moscarda aux images de Moscarda
La scène fait circuler un même trait entre perception, parole et récit.
| Indice | Point de vue | Question de lecture |
|---|---|---|
| Le nez « penche vers la droite ». | Dida décrit un trait depuis sa place d’épouse. | Comment cette parole déplace-t-elle l’image de Moscarda ? |
| Moscarda se regarde dans le miroir. | Le narrateur-personnage cherche à se reconnaître. | Pourquoi le miroir donne-t-il une image, mais non un point de vue extérieur complet ? |
| Le titre associe « un », « personne », « cent mille ». | La composition généralise l’épisode. | Quels liens narratifs demeurent entre des images multiples ? |
Lis le schéma. Lis chaque ligne de gauche à droite : repère l’indice, la voix qui le formule, puis la question ouverte.
Un regard devient un objet d’analyse lorsqu’on distingue trait observé, interprétation située et effet dans le récit.
Exemples résolus et erreurs expliquées
Exemple guidé
ConsigneDossier fictif fourni : Armand dit que Leïla parle très vite lorsqu’elle présente un projet. Inès écrit qu’elle prépare toujours ses idées avec soin. Leïla conclut : « Armand a vu ma véritable personnalité, Inès se trompe. » Corrige cette conclusion en trois phrases avec Pirandello.
MéthodeSéparer le fait rapporté, le point de vue qui le formule et la conclusion sur l’identité ; comparer sans transformer les témoignages en verdicts.
Correction
Armand rapporte un effet précis dans une présentation : Leïla parle vite. Inès donne un autre indice, la préparation des idées, qui concerne peut-être un autre moment. Ces phrases ne définissent pas une « véritable personnalité » ; elles proposent des vues situées à relier aux contextes. Comme le nez de Moscarda, le trait observé compte dans la relation, mais aucun regard ne possède tout le personnage.
Transfert : dans une nouvelle, Élias reçoit le surnom de « silencieux » de son voisin après un repas. Deux pages plus loin, la narratrice le montre lisant un poème à voix haute devant sa sœur. Formule une interprétation en deux phrases sans choisir un portrait unique.
Correction du transfert
Le surnom traduit le regard du voisin dans le cadre limité du repas ; il ne résume pas toutes les conduites d’Élias. La lecture du poème introduit un autre contexte : la nouvelle oppose des images relationnelles sans annuler la continuité du même personnage.
Étape du cours · 5 à 9 min
Rimbaud : « Je est un autre » supprime-t-il l’auteur de la parole ?
La lettre du 15 mai 1871 à Paul Demeny n’est pas une formule isolée : Rimbaud annonce qu’il veut donner « une heure de littérature nouvelle », joint des poèmes puis expose une théorie de la poésie. Dans ce cadre polémique, « Car Je est un autre » dérange la grammaire attendue. Le pronom de première personne cesse de coïncider simplement avec celui qui maîtrise le verbe. La phrase fait du « je » un lieu d’apparition et d’écart. Cette rupture grammaticale ouvre une question poétique : comment écrire lorsque la pensée ne se présente pas comme une possession déjà claire, mais comme un mouvement que le sujet découvre en même temps qu’il le met en forme ?
Les comparaisons qui suivent donnent une scène à cette altérité. « Si le cuivre s’éveille clairon », le changement de matière en sonnerie se produit sans faute ; Rimbaud enchaîne : « j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute ». Les verbes d’observation font de la pensée un événement sensible dans la phrase elle-même. Mais la phrase ne réduit pas le poète à une inertie : il dit aussi « je lance un coup d’archet ». La symphonie vient des profondeurs ou bondit sur la scène, tandis qu’un geste d’écriture intervient. La lettre construit donc une relation mobile entre réception, écoute et action de forme.
Cette relation devient un programme. Rimbaud écrit que la première étude de celui qui veut être poète est « sa propre connaissance, entière », puis énumère : chercher, inspecter, tenter, apprendre, cultiver. Il formule ensuite l’exigence de « se faire voyant » par un dérèglement « long, immense et raisonné » des sens. Ces verbes comptent autant que l’agrammaticalité de « Je est un autre ». Ils désignent une pratique patiente qui transforme le sujet et sa langue à travers des opérations nommées. L’altérité ne signifie pas l’absence d’auteur ; elle désigne une création où le poète travaille les conditions par lesquelles quelque chose d’inattendu peut prendre voix et devenir poème.
Une autre lecture souligne la force de l’adresse à Demeny. Rimbaud écrit pour convaincre, provoque ses prédécesseurs et propose une tâche collective à la poésie. Le texte a donc un destinataire, une stratégie et des effets recherchés dans son moment historique. La formule du « je » décentre l’image d’un auteur propriétaire de toute pensée, mais elle rend plus visible la manière dont une lettre agence des formes, des voix et un horizon poétique pour agir sur son lecteur. On peut ainsi lire la tension créatrice à l’œuvre : le poète accueille une pensée qui le surprend, puis lui donne rythme, langue et destination. Prolonger cette analyse vers une responsabilité de publication est possible, à condition de le présenter comme une question actuelle issue de la lecture, non comme une thèse explicitement formulée par Rimbaud.
Voir pour comprendre
Du « je » déplacé au travail du poète
La lettre à Demeny relie un écart grammatical à une série de gestes : observer la pensée, travailler l’âme, chercher une langue et donner forme à l’inconnu.
- 1Un « je » grammaticalement déplacé« Je est un autre » rompt l’accord attendu et transforme le pronom de première personne en problème poétique.
- 2Une pensée observéeL’éclosion, le regard et l’écoute représentent la pensée comme un mouvement qui surprend celui qui parle.
- 3Un travail sur soi et les sensChercher, inspecter, tenter, apprendre et se faire voyant nomment une pratique consciente de transformation.
- 4Une langue et une adresseLa lettre à Demeny propose des formes nouvelles et cherche à faire agir une poésie tournée vers l’inconnu.
Lis le schéma. Suis le passage de la formule à ses verbes. L’altérité de la pensée est mise en scène par des images sonores, puis convertie en projet d’écriture adressé à Demeny.
Chez Rimbaud, l’auteur ne possède pas souverainement l’origine de chaque pensée ; il demeure responsable d’un travail de forme, de langage et d’adresse.
Exemples résolus et erreurs expliquées
Exemple guidé
ConsigneMatériau fourni, cas fictif : une autrice écrit dans son carnet : « L’image est venue avant que je sache ce qu’elle voulait dire. » Elle barre ensuite trois adjectifs, garde une comparaison entre une lampe et une veilleuse de gare, puis envoie le poème à une revue. Explique en huit à dix lignes comment ce dossier permet de distinguer une idée qui surprend l’autrice, le travail de composition et la responsabilité de publier.
MéthodeSépare les trois moments donnés : venue de l’image, révision des mots, envoi à une revue. Rapproche ensuite ce mouvement de Rimbaud : assister à l’éclosion ne signifie pas renoncer à travailler une forme. Enfin, précise ce que le dossier permet d’affirmer, les choix de comparaison et de diffusion, sans inventer une intention que l’autrice n’a pas exprimée.
Correction
L’image surgit avant son explication : ce premier moment rappelle la pensée que Rimbaud dit regarder et écouter. Les adjectifs barrés et la comparaison conservée montrent ensuite un travail de forme : l’autrice sélectionne un rythme et une image au lieu de recopier passivement ce qui est venu. L’envoi à une revue ajoute une adresse publique, dont elle assume le choix. Le cas permet donc de penser une création faite d’accueil et de composition. Il ne permet pas de dire que l’autrice a suivi la méthode de Rimbaud ni de réduire son poème à un message dont elle ignorerait tout.
Dossier fictif : un atelier d’écriture donne trois versions d’un même vers. V1 : « Une sirène passe. » V2 : « Une sirène, dans la rue, coupe la phrase. » V3 : « La sirène fend la phrase et laisse des éclats de verre. » Choisis la version qui transforme le plus clairement un son en effet de langage, puis explique un gain et une limite de ce choix sans juger les auteurs des versions.
Correction du transfert
V3 transforme le son en action sur la phrase et associe l’écoute à une image matérielle ; elle rend visible un travail de langage plutôt qu’un simple relevé sonore. Son gain est de faire sentir une rupture de rythme. Sa limite est d’ajouter une violence imagée qui n’était pas donnée par le bruit seul. V1 peut convenir à une notation sèche, V2 à une relation plus discrète entre son et écriture : aucune version n’est automatiquement supérieure hors d’un projet de forme explicité.
Étape du cours · 5 à 10 min
Nerval et Freud : comment le rêve devient-il une forme à lire ?
Dans la première livraison d’Aurélia parue en 1855, Nerval n’offre pas un relevé neutre de songes. Dès l’incipit, le narrateur affirme que « le rêve est une seconde vie » et compose un seuil : les portes d’ivoire ou de corne, l’engourdissement, les limbes, puis l’apparition d’un tableau. Le « je » fait tenir ensemble une sensation de passage, des références mythologiques et une promesse de récit. Lire cette page consiste donc à observer comment une voix donne forme à une expérience : quelles images reviennent, comment le temps de la veille se raccorde à celui du rêve, quelle certitude le narrateur affirme ou met en scène. On ne transforme pas pour autant l’œuvre en dossier médical. Le texte littéraire construit un monde, un rythme et une position de parole ; c’est cette construction qui fournit les premiers indices d’analyse.
Le passage fait également varier la position de celui qui parle. À l’affirmation initiale, « Le rêve est une seconde vie », succède un aveu de difficulté : « Je n’ai pu percer sans frémir ». Puis le « nous » associe le lecteur à une expérience dont l’instant décisif échappe : « nous ne pouvons déterminer » le moment du passage. Ces mouvements de voix conduisent à une proposition sur le moi : il change de forme tout en continuant « l’œuvre de l’existence ». La métaphore du souterrain rend cette continuité sensible : une lumière progressive fait surgir des figures d’abord immobiles, puis animées dans la suite de l’incipit. Le récit associe ainsi transformation et permanence dans son rythme même. La seconde vie ne devient pas une vie sans lien avec la première ; l’écriture travaille le seuil qui les sépare et les relie.
Plus tard, dans les leçons de 1916–1917 réunies sous le titre Introduction à la psychanalyse, Freud élabore un modèle historique d’interprétation des rêves. La leçon XI distingue deux démarches de sens contraires. Le travail du rêve va des pensées latentes au contenu manifeste : il transforme au lieu de copier. La condensation réunit dans une personne, un objet ou un lieu plusieurs éléments ayant un trait commun ; le récit manifeste est plus bref que les pensées auxquelles Freud le rapporte. Le déplacement modifie la distribution de l’importance : un élément est remplacé par une allusion plus lointaine, ou l’accent passe d’un élément important à un détail secondaire. La mise en images convertit des pensées en représentations visuelles, sans rendre tout le rêve visuel. Freud cherche ainsi à expliquer comment une pensée peut se manifester sous une forme différente de celle qu’elle avait.
L’interprétation, ou Deutungsarbeit, suit la direction inverse : elle cherche à remonter du contenu manifeste aux pensées latentes par les associations et les transformations. Freud traite aussi de symboles typiques dans la leçon X ; sa méthode ne se réduit pourtant pas à remplacer un motif par une signification automatique. Pour comprendre les opérations dans l’exercice fictif fourni, relève d’abord les objets et les actions du récit. Compare-les ensuite aux éléments de veille explicitement donnés : quels traits sont assemblés, quel élément reçoit l’accent ? Tu pourras décrire une condensation en montrant les matériaux réunis. Ce travail porte sur une construction proposée pour l’analyse, non sur les rêves de l’élève. Nerval et Freud permettent donc deux approches distinctes : l’un compose une expérience du seuil dans un récit, l’autre théorise des transformations à interpréter.
Voir pour comprendre
Deux façons d’étudier une scène de rêve
Le tableau distingue l’analyse d’un récit littéraire et l’usage historique des opérations freudiennes, sans transformer l’une en diagnostic de l’autre.
| Récit littéraire chez Nerval | Modèle historique chez Freud |
|---|---|
| Un narrateur compose un passage entre veille, image et commentaire dans Aurélia. | Le contenu manifeste est rapporté à des pensées latentes par des opérations telles que condensation et déplacement. |
| Relever les seuils, les images, l’ordre des scènes et les reprises de la voix narrative. | Montrer quels éléments donnés sont réunis, déplacés ou convertis en image avant de formuler une hypothèse. |
| Une image peut avoir plusieurs fonctions littéraires dans un même récit. | Un symbole typique n’autorise pas une traduction mécanique ni une conclusion sur une personne à partir d’un motif seul. |
Lis le schéma. Lis chaque ligne horizontalement : elle indique l’objet examiné, les indices à relever et la limite qui empêche de faire d’une image une preuve isolée.
Un motif devient interprétable par sa place dans une forme, des relations explicites et une méthode nommée, non par un dictionnaire de symboles appliqué d’avance.
Exemples résolus et erreurs expliquées
Exemple guidé
ConsigneDossier fictif fourni : dans un rêve raconté par le personnage de Lina, une gare est à la fois le hall de son lycée et le salon de sa grand-mère. Elle cherche un dossier bleu ; le contrôleur porte la voix de son professeur. Deux éléments de veille sont également fournis : le matin, Lina devait remettre un dossier scolaire ; la veille, elle a aidé sa grand-mère à classer des papiers bleus. Une copie écrit : « La gare signifie forcément la fuite, donc Lina refuse l’école. » Corrige cette lecture avec les opérations de Freud.
MéthodeDistinguer le contenu manifeste du dossier, repérer une condensation appuyée sur les deux éléments de veille et formuler une hypothèse limitée plutôt qu’un code symbolique ou un diagnostic.
Correction
Le contenu manifeste réunit une gare, un lycée, un salon, un dossier bleu et une voix de professeur. La gare n’a pas un sens imposé par avance. En revanche, le dossier fournit deux matériaux explicitement rapprochés : le dossier scolaire et les papiers bleus de la grand-mère. Dans le vocabulaire freudien, on peut proposer une condensation : le même lieu et le même objet assemblent des éléments de veille distincts. La voix du contrôleur peut aussi déplacer vers une figure de contrôle l’enjeu scolaire donné. Ces hypothèses décrivent une construction du dossier fictif ; elles ne démontrent ni un refus de l’école ni une vérité cachée sur Lina.
Transfert, matériau fictif fourni : Noé raconte qu’il arrive à une répétition musicale avec une clé qui est aussi une baguette de chef d’orchestre. Il doit ouvrir un casier, mais l’étiquette du casier porte le nom d’une rue où il a déménagé la semaine précédente. Trois éléments de veille sont donnés : une répétition a été annulée, il a rangé une clé dans une boîte, et il a appris sa nouvelle adresse. Propose une phrase sur une condensation possible et une phrase sur ce qui resterait indécidable.
Correction du transfert
Condensation possible : la clé-baguette rassemble le rangement de la clé et l’univers de la répétition, tandis que le casier rapproche l’adresse nouvelle d’un objet à ouvrir. Limite : le dossier ne dit pas quelle pensée latente unique ces rapprochements exprimeraient ; il permet de décrire des assemblages plausibles, non de déduire une explication définitive de Noé.
Étape du cours · 5 à 9 min
Nietzsche, 1888 : devenir, détours et organisation de soi
Dans Ecce Homo, rédigé en 1888, Nietzsche donne à son autobiographie le sous-titre « Comment on devient ce que l’on est ». Au paragraphe 8 de « Pourquoi je suis si malin », la formule intervient quand le narrateur décrit une tâche qui dépasse celui qui l’accomplit. « Devenir ce que l’on est », écrit-il, « fait supposer que l’on ne se doute même pas de ce que l’on est ». Le paradoxe organise le passage : le devenir ne commence pas par une identité déjà connue. Nietzsche relit alors les méprises, les occupations modestes et les détours comme des moments qui reçoivent ensuite une valeur. L’autobiographie ne raconte donc pas une ligne droite ; elle donne une forme à un parcours dont l’orientation devient intelligible dans l’acte même de l’écriture.
La suite du paragraphe donne à cette idée son mouvement. Les verbes dessinent un parcours discontinu : « on prend parfois des chemins de traverse, on fait des détours, on s’arrête aux bords de la route ». L’anaphore de « on » généralise l’expérience tout en gardant le rythme d’une succession concrète. Les détours ont une « valeur propre » parce qu’ils préparent une tâche encore inconnue. Nietzsche oppose ici la formule latine nosce te ipsum, « connais-toi toi-même », à l’oubli et à la méconnaissance de soi. L’opposition est polémique : elle renverse l’idéal d’une transparence immédiate. Elle permet surtout de comprendre pourquoi le narrateur fait des erreurs et des arrêts les matériaux d’un devenir, plutôt que les signes d’un échec du parcours.
Le texte affirme aussi une organisation effective, et pas seulement une relecture littéraire. Nietzsche écrit que l’« idée organisatrice », appelée à la domination, « ne cesse de grandir dans les profondeurs » ; elle « commence à ordonner », ramène peu à peu les détours vers une directive et forme des capacités qui deviendront nécessaires. Le présent des verbes prête à ce processus une activité souterraine. L’autobiographie donne à cette thèse une scène et une voix : Nietzsche raconte comment une orientation travaille avant d’être reconnue. Il faut tenir ensemble ces deux niveaux. Le paragraphe avance une conception du devenir comme organisation différée, tandis que son écriture autobiographique en construit l’exemple et en amplifie la portée polémique.
Dans cette logique, l’impératif « Il faut conserver intacte toute la surface de la conscience » ne décrit pas une règle d’hygiène générale. Il appartient à une stratégie paradoxale du devenir : préserver la surface du contact avec les grands impératifs afin que l’idée organisatrice puisse croître dans les profondeurs sans se comprendre trop tôt. Les images de surface, de profondeur, de domination et de « pouvoirs esclaves » composent un vocabulaire de hiérarchie, non le portrait d’un moi paisible et transparent. Le lecteur peut ainsi analyser une voix qui transforme son histoire en scène philosophique : elle affirme une organisation à l’œuvre, puis la rend visible par les détours qu’elle ordonne après coup.
Voir pour comprendre
Comment Nietzsche met le devenir en récit
Le § 8 associe non-savoir, détours, organisation souterraine et récit autobiographique : aucun de ces quatre moments ne suffit seul.
- 1Tâche encore inconnue« On ne se doute même pas de ce que l’on est ».
- 2Détours et méprisesChemins de traverse, arrêts et occupations modestes reçoivent une valeur propre.
- 3Idée organisatriceElle « commence à ordonner » dans les profondeurs et prépare des capacités nécessaires.
- 4Autobiographie rétrospectiveLe narrateur met en récit la direction dont le texte affirme qu’elle travaille déjà.
Lis le schéma. Suis la chaîne en séparant ce que le texte affirme de l’organisation et la manière dont l’autobiographie en donne une histoire.
Le devenir nietzschéen articule une organisation différée et la relecture autobiographique qui en rend le trajet pensable.
Exemples résolus et erreurs expliquées
Exemple guidé
ConsigneMatériau de lecture. A : « Devenir ce que l’on est, cela fait supposer que l’on ne se doute même pas de ce que l’on est. » B : « On prend parfois des chemins de traverse, on fait des détours ». C : « l’idée organisatrice [...] commence à ordonner ». Une copie écrit : « Nietzsche conseille de choisir dès maintenant son identité définitive et d’éviter tout détour. » Réécris son interprétation en montrant le rôle de A, B et C.
MéthodeLire les verbes et les relations : A place le savoir de soi sous le signe du non-savoir, B donne une valeur aux détours, C introduit une organisation progressive. Puis relier ces trois gestes à la forme autobiographique du paragraphe.
Correction
A rend impossible l’idée d’une identité déjà connue qu’il suffirait de choisir. B fait des chemins de traverse et des détours des éléments qui reçoivent une valeur propre. C ne les réduit pourtant pas à une simple reconstruction par l’écrivain : l’« idée organisatrice » travaille, ordonne et prépare dans les profondeurs. L’autobiographie donne forme à cette thèse en racontant un trajet devenu lisible. Nietzsche ne propose donc pas une consigne pour fixer un profil personnel : il joint l’incertitude du présent, une organisation différée et la relecture qui rend ce devenir intelligible.
Matériau supplémentaire : « elle ramène peu à peu, des chemins de traverse et des détours, vers la directive ». Écris deux phrases : l’une explique l’image du trajet, l’autre précise pourquoi la « directive » n’est pas connue au début du paragraphe.
Correction du transfert
L’image du trajet montre que les détours ne sont pas effacés : ils sont repris et ramenés peu à peu vers une direction. La directive n’est pas connue au début parce que le texte affirme qu’on ne se doute même pas de ce que l’on est ; l’idée organisatrice travaille déjà, et le récit autobiographique rend ensuite cette direction lisible.
Étape du cours · 5 à 10 min
Proust, 1927 : souvenirs, transformations et moi successifs
Dans Le Temps retrouvé, le narrateur reçoit le vieillissement comme une confrontation. Devant une image redevenue assez précise, il se compare à un témoin placé devant un inculpé et doit dire : « Non [...] je ne le reconnais pas. » L’image judiciaire fait du regard une épreuve : le visage présent dément le souvenir ancien. Le trait comique d’un « jeune homme » que l’on pourrait appeler « un vieil homme » rend sensible ce décalage. Proust ne transforme pourtant pas l’âge en simple disparition. Il explique que la vieillesse reste longtemps une « notion purement abstraite » : on peut connaître ce mot sans éprouver encore la distance qui sépare un corps actuel de l’image gardée. L’écriture rend cette distance visible, non pour fixer une identité, mais pour mesurer le temps qui la recompose.
La page 159 déplace cette réflexion vers les femmes aimées. Chacune apparaît dans un « paysage » double : d’abord au milieu d’un espace rêvé où le narrateur l’avait imaginée, ensuite entourée des lieux où il l’a connue et que le souvenir lui rend. La formule « si notre vie est vagabonde notre mémoire est sédentaire » oppose deux mouvements. Les déplacements du sujet ne détachent pas ses souvenirs des scènes auxquelles ils restent « rivés ». Proust décrit donc une mémoire située, non une archive immobile : chaque personne change parce qu’elle est rencontrée à plusieurs époques, et le narrateur lui-même est devenu autre. La répétition de « chacune » et les reprises spatiales donnent une forme à ces moi successifs sans les ramener à une essence unique.
Cette pluralité devient la matière d’une œuvre. À la page 50, Proust écrit que la vie des autres est représentée dans l’écrivain et lui sert plus tard à « recréer la réalité ». Il ne s’agit pas de reproduire des personnes à l’identique. Le roman distingue l’imagination, la sensibilité et le travail de l’artiste qui « surprend » des lois que les êtres ne perçoivent pas eux-mêmes. Ces verbes font passer de l’expérience dispersée à une composition. La vie offre des situations, des gestes et des paroles ; l’écriture les ordonne afin de rendre perceptible une relation entre des temps différents. Le moi qui écrit ne surplombe donc pas ses anciens moi : il travaille avec les matériaux qu’ils lui ont laissés et leur donne une forme qui n’était pas disponible au moment vécu.
Les trois passages refusent ainsi deux simplifications contraires. Le temps ne maintient pas un moi identique : le visage vieilli et les rencontres successives le contredisent. Mais il ne le fragmente pas non plus en vies sans relation. L’image reconnue puis refusée, les lieux auxquels les souvenirs demeurent attachés et le travail de recréation font circuler des différences dans le récit. Chez Proust, la continuité n’est pas une permanence secrète ; elle est une opération d’écriture qui compare, situe et transforme patiemment des souvenirs. Lire les moi successifs consiste alors à suivre les procédés concrets du texte : confrontation, métaphore spatiale, répétition et passage de la vie observée à l’œuvre.
Voir pour comprendre
Trois opérations pour écrire les moi successifs
Visage confronté au souvenir, lieux attachés à la mémoire et vies devenues matériau d’œuvre : trois façons de rendre le temps lisible.
| Scène du récit | Travail du temps |
|---|---|
| Visage reconnu puis refusé, p. 88 | La comparaison avec un témoin rend visible l’écart entre l’image gardée et le corps vieilli. |
| Paysage double des souvenirs, p. 159 | La vie se déplace ; la mémoire reste attachée à des lieux et à des rencontres situées. |
| Personnes rencontrées à des époques différentes, p. 159 | Chacune est devenue autre pour le narrateur, qui est lui-même devenu autre. |
| Vies observées et œuvre, p. 50 | L’écrivain recrée une réalité en organisant des matériaux que les êtres ne perçoivent pas entièrement. |
Lis le schéma. Lis chaque ligne comme une opération narrative : relever le procédé, puis expliquer la relation qu’il construit entre changement et continuité.
Les moi successifs deviennent lisibles lorsque le récit compare des formes changées, situe leurs souvenirs et les transforme en œuvre.
Exemples résolus et erreurs expliquées
Exemple guidé
ConsigneMatériau de lecture. A : « comme un témoin mis en présence d’un inculpé qu’il a vu, j’étais forcé [...] de dire : “Non [...] je ne le reconnais pas.” » B : « si notre vie est vagabonde notre mémoire est sédentaire ». C : la vie des autres « servira à recréer la réalité ». Une copie écrit : « Proust affirme qu’un sujet garde partout la même identité et que l’écrivain la copie. » Corrige cette lecture avec A, B et C.
MéthodeIdentifier l’opération de chaque fragment : A confronte une image ancienne et un visage devenu autre ; B oppose déplacement de la vie et attache des souvenirs ; C fait passer de vies observées à une œuvre recréée. Formuler ensuite une thèse sur les différences reliées, sans les confondre.
Correction
A rend impossible l’idée d’une identité immobile : l’écart est si grand que le narrateur ne reconnaît pas d’abord le visage. B ne transforme pas cette différence en séparation absolue : la mémoire demeure située, « rivée » aux lieux et aux rencontres. C ne promet pas une copie des êtres : l’écrivain recrée une réalité à partir de matériaux vécus. Les moi successifs sont donc différents, reliés par des souvenirs localisés et rendus comparables par une écriture qui les compose. La copie doit remplacer l’identité fixe par ce travail de confrontation, d’attache et de recréation.
Matériau supplémentaire : « chacune, je l’avais connue à diverses reprises, en des temps différents où elle était une autre pour moi, où moi-même j’étais autre ». Écris deux phrases : l’une explique la répétition de « autre » ; l’autre relie cette phrase à l’expression « mémoire sédentaire ».
Correction du transfert
La répétition de « autre » rend réciproque la transformation : la personne rencontrée et le narrateur ne sont pas identiques d’une époque à l’autre. La mémoire sédentaire ne nie pas ce changement : elle maintient l’attache des souvenirs à leurs scènes, ce qui permet au récit de comparer des rencontres différentes plutôt que de les fondre en une seule.
Étape du cours · 5 à 10 min
Orlando : comment une biographie raconte-t-elle une continuité à travers l’extraordinaire ?
Orlando: A Biography emprunte le ton d’une biographie : une voix parle au nom de documents, évoque des archives endommagées, cite des témoignages et s’adresse parfois au lecteur. Mais cette voix ne disparaît pas derrière son sujet. Elle avoue ses lacunes, amplifie ses difficultés et commente les règles qui décident habituellement ce qu’une biographie peut raconter. Virginia Woolf fait de la forme biographique un objet de jeu critique. Quand le biographe prétend reconstituer une journée, puis reconnaît qu’il doit imaginer entre des fragments, ne le confonds pas avec une historienne réelle. La fiction montre que tout récit de vie sélectionne des traces, ordonne du temps et donne un sens provisoire à des changements. Cette mise en scène prépare les transformations extraordinaires d’Orlando sans les faire passer pour un témoignage.
Le roman attribue à Orlando une traversée des siècles et une transformation corporelle : après un long sommeil, Orlando devient une femme. Le biographe l’énonce avec un sérieux volontairement décalé. Après cette transformation, la voix affirme que l’avenir change, mais que l’identité demeure, et elle appuie cette continuité sur la mémoire du personnage. Lis cette affirmation comme une proposition du narrateur, non comme une définition valable pour toute vie. Le texte conserve aussi un nom, des manuscrits, des relations et un projet d’écriture, tout en modifiant les rôles sociaux, les vêtements, les droits et les regards rencontrés. Ces éléments ne se réduisent pas les uns aux autres. La fiction ne demande donc pas de choisir entre « rien ne change » et « tout est remplacé » : elle organise des continuités et des ruptures à préciser.
La parodie devient nette lorsque le biographe expose ses conventions : il décide quels pronoms employer et transforme une difficulté de récit en commentaire. Le passage glisse du masculin au féminin, tandis que la parenthèse suspend l’histoire pour montrer cette décision. La continuité d’Orlando est ainsi affirmée par une voix qui relie des épisodes, mais qui rend ses propres moyens visibles. La mémoire reçoit à son tour une image : un bassin clair dans lequel quelques gouttes sombres seraient tombées. Cette comparaison associe deux idées qu’il faut garder ensemble. Les souvenirs restent accessibles, sans que leur netteté soit absolument intacte. Le texte fait donc sentir une continuité nuancée, puis précise que le changement s’accomplit sans surprise pour Orlando. L’étonnement est surtout déplacé vers le biographe et ses conventions.
Le projet d’écriture donne enfin une continuité concrète à cette vie extraordinaire. Avant le départ de Constantinople, Orlando récupère les papiers qui semblent contenir de la poésie. Plus loin, dans les montagnes, elle cherche à mettre en mots la beauté des paysages et ses questions sur la vérité. Faute de matériel, elle fabrique de l’encre avec des baies et du vin, puis utilise les marges et les espaces libres du manuscrit du Chêne. Le même objet accueille ainsi des expériences et des interrogations nouvelles. Ce détail permet de dépasser l’alternative entre conserver et remplacer : le manuscrit demeure, mais son contenu se transforme. Une analyse peut rapprocher mémoire, portraits et écriture, à condition de préciser le rôle de chaque indice. La continuité devient lisible dans des gestes, des images et des choix de narration.
Voir pour comprendre
Ce que le biographe relie dans la vie d’Orlando
Mémoire, manuscrit et voix du biographe relient une vie dont les expériences et le récit se transforment.
| Ce qui relie | Ce qui change |
|---|---|
| La mémoire retrouve les événements passés. | L’avenir d’Orlando et ses conditions de vie. |
| Le manuscrit du Chêne accompagne Orlando. | Les expériences et les vers ajoutés dans ses marges. |
| Le biographe suit une même vie. | Les pronoms et les conventions de son récit. |
Lis le schéma. Compare les deux colonnes : chaque lien de continuité accompagne un changement. Observe aussi comment le biographe choisit les mots pour le raconter.
L’analyse nomme ce qui demeure, ce qui change et la voix qui organise ce rapprochement.
Exemples résolus et erreurs expliquées
Exemple guidé
ConsigneDossier fictif fourni : une biographie imaginaire raconte qu’Ariane conserve, à vingt ans puis à soixante ans, un carnet de dessins et le souvenir d’une promenade avec sa grand-mère. Entre les deux scènes, le biographe note qu’elle a changé de ville, de métier et de cercle d’amis. Une copie conclut : « Le carnet prouve qu’Ariane est restée exactement la même. » Corrige cette conclusion en trois phrases avec la méthode de Orlando.
MéthodeInventorier séparément les indices de continuité, les changements et l’intervention de la voix biographique ; conclure proportionnellement au dossier.
Correction
Le carnet et le souvenir relient deux moments de la vie d’Ariane : ce sont des indices de continuité. Les changements de ville, de métier et de relations empêchent de conclure qu’elle est restée exactement la même. Comme dans Orlando, il faut aussi observer que le biographe choisit quels éléments rapprocher ; la continuité est racontée à partir de traces, non démontrée par un objet isolé.
Transfert : un narrateur présente Malik à deux âges. Le même prénom et une phrase d’une lettre ancienne sont conservés ; son rapport à la mer est d’abord une peur, puis un métier de marin. Écris une phrase sur une continuité et une phrase sur une transformation.
Correction du transfert
Continuité : le prénom et la phrase de la lettre permettent au narrateur de relier les deux portraits. Transformation : le rapport à la mer change de fonction, de la peur à une activité professionnelle ; ces indices appellent une comparaison, non le verdict qu’il serait identique ou entièrement autre.
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Sources du cours
Édition Maxdecours · Vérifié le .
HLP Terminale : La recherche de soi
- Programme officiel de HLP Terminale, Bulletin officiel spécial n° 8 du 25 juillet 2019La recherche de soi : Les métamorphoses du moi. · consulté le 2026-09-06
- Locke, Essay, II, XXVII, édition Troutman & Hayes 1853Critères d’identité et expérience de pensée du prince et du cordonnier. · consulté le 2026-09-06
- Alfred de Musset, La Confession d’un enfant du siècle, première partie ; F. Bonnaire, Paris, 1836, volume I, p. 1-156Confession romanesque et représentation d’une génération. · consulté le 2026-09-06
- Arthur Rimbaud, lettre à Paul Demeny, 15 mai 1871 ; texte établi par Roger Gilbert-Lecomte, Éditions des cahiers libres, 1929, p. 51-63Lettre à Demeny, altérité et travail poétique. · consulté le 2026-09-06
- BnF, notice de la première édition de Pirandello, Uno, nessuno e centomila, R. Bemporad e figlio, Florence, 1926Première édition en volume, Florence, Bemporad, 1926. · consulté le 2026-09-06
- Luigi Pirandello, Uno, nessuno e centomila, livre I, édition Mondadori, Milan, 1936, transcription WikisourceLe regard d’autrui dans la scène du miroir. · consulté le 2026-09-06
- Virginia Woolf, Orlando: A Biography, Harcourt, Brace and Company, New York, 1928, index et fac-similé WikisourceFac-similé de l’édition américaine Harcourt, 1928. · consulté le 2026-09-06
- Virginia Woolf, Orlando: A Biography, chapitre III, transcription WikisourceVoix biographique, transformation et continuité narrative. · consulté le 2026-09-06
- Gérard de Nerval, Aurélia ou le rêve et la vie, La Revue de Paris, tome XXIV, janvier 1855, p. 5-26Seuil du rêve, images et voix narrative. · consulté le 2026-09-06
- Sigmund Freud, Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse, XI. Vorlesung « Die Traumarbeit », Taschenausgabe, 2e édition revue, 1922, p. 170-184Travail du rêve : condensation, déplacement et mise en images. · consulté le 2026-09-06
- Freud Edition, notice de la Taschenausgabe des Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse, Internationaler Psychoanalytischer Verlag, 1922Repères bibliographiques de la deuxième édition revue, 1922. · consulté le 2026-09-06
- Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, « Pourquoi je suis si malin », § 8, trad. Henri Albert, Mercure de France, 1908-1909Non-savoir de soi, détours et idée organisatrice. · consulté le 2026-09-06
- Marcel Proust, Le Temps retrouvé, Gallimard, Paris, 1927, tome II, volume XV, fac-similé exactFac-similé primaire consulté pour la page de titre, la mention Gallimard 1927 et les pages imprimées 50, 88 et 159. · consulté le 2026-09-06
- Marcel Proust, Le Temps retrouvé, tome II, Gallimard, 1927, fac-similé, p. 159Paysage double du souvenir et mémoire située ; p. 50 et 88 pour la recréation et le vieillissement. · consulté le 2026-09-06
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