Objectifs du chapitre
Ce que tu vas savoir faire
- Expliquer la crise de 1789 et distinguer l’abolition des privilèges de la Déclaration des droits.
- Situer les principaux régimes de 1789 à 1815 et relier une décision à son contexte.
- Expliquer les guerres et la Terreur sans les confondre avec l’ensemble de la Révolution.
- Identifier les réorganisations du Consulat et de l’Empire, dont le Code civil de 1804.
- Montrer par des faits les contradictions entre droits proclamés, esclavage, citoyenneté et place des femmes.
En août 1789, des droits sont proclamés au nom de tous. En 1804, un article de loi impose pourtant l’obéissance de l’épouse au mari. Pour comprendre cet écart, il faut suivre à la fois les changements de régime et les personnes auxquelles les droits s’appliquent.
Étape 1
1789 : une crise politique et sociale ouvre la Révolution
À la fin des années 1780, le roi Louis XVI manque de ressources pour un État endetté, notamment par les guerres. La répartition des impôts et les privilèges font obstacle aux réformes. Une crise des récoltes et la hausse du prix du pain aggravent les difficultés. Les états généraux réunis en mai 1789 doivent répondre à une crise financière qui devient une crise de l’autorité.
Les députés sont élus selon trois ordres : clergé, noblesse et tiers état. Ce dernier rassemble ceux qui n’appartiennent pas aux deux premiers, avec des situations sociales très différentes. Faut-il voter par ordre ou compter les voix des députés ? La question touche à la représentation : qui peut parler au nom de la nation ?
Le 17 juin, les députés du tiers état se proclament Assemblée nationale. Le 20 juin, le serment du Jeu de paume affirme la volonté de donner une Constitution à la France, c’est-à-dire des règles organisant les pouvoirs. La prise de la Bastille le 14 juillet et les soulèvements paysans de l’été montrent que la Révolution ne se déroule pas seulement dans une assemblée.
Dans la nuit du 4 août, l’Assemblée engage l’abolition des privilèges. Des avantages juridiques attachés aux ordres sont supprimés, mais certains droits pesant sur les terres doivent d’abord être rachetés. La rupture est décisive sans faire disparaître immédiatement toutes les obligations ni les inégalités de fortune.
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adoptée en août 1789, proclame notamment l’égalité en droits, les libertés et la souveraineté nationale. « Égalité en droits » ne signifie pas mêmes revenus. La proclamation d’un principe ne suffit pas non plus à dire qui pourra voter ou comment les droits seront appliqués dans les colonies.
Tableau original Maxdecours ; article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, texte primaire du domaine public. Texte et contexte vérifiés auprès de l’Assemblée nationale et du ministère de l’Éducation nationale.
Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
| Décision | Sens et portée |
|---|---|
| Nuit du 4 août 1789 | L’abolition des privilèges est engagée ; certains droits pesant sur les terres restent d’abord rachetables. |
| 26 août 1789, Déclaration des droits | Des principes sont proclamés, dont l’égalité en droits et la souveraineté nationale. Leur application et l’accès au vote doivent être examinés. |
Explique la différence entre supprimer un privilège, proclamer un droit et constater son application.
Comprendre la rupture sans inventer une égalité immédiate
L’abolition vise des avantages juridiques particuliers ; la Déclaration énonce des principes généraux. Les deux décisions ne sont pas identiques.
L’article premier proclame l’égalité en droits. Il ne prouve pas une égalité de richesse ni un vote ouvert aux femmes. Le suffrage de 1791 et la situation coloniale permettent de mesurer ces écarts.
Exemple résolu · Pas à pas
Corriger une phrase trop rapide
Un élève écrit : « En août 1789, tous les Français deviennent immédiatement égaux dans tous les domaines. »
- La nuit du 4 août engage l’abolition des privilèges ; certains droits sur les terres restent d’abord rachetables. La suppression de tous les écarts n’est donc pas immédiate.
- La Déclaration du 26 août énonce l’égalité en droits. Elle ne promet pas des fortunes identiques et ne décrit pas à elle seule les droits de vote.
- La Constitution de 1791 réserve le vote aux citoyens actifs remplissant plusieurs conditions ; les femmes sont exclues de ce suffrage. Les situations coloniales montrent aussi des applications différentes de la liberté.
- Une réponse exacte est : « L’été 1789 rompt avec les privilèges et proclame des droits, mais il ne donne pas immédiatement des droits politiques identiques à tous. »
L’été 1789 constitue une rupture majeure, mais il ne crée pas d’un coup une citoyenneté égale pour toutes et tous.
À retenir. L’abolition des privilèges et la Déclaration des droits sont deux ruptures distinctes ; leur mise en œuvre ne supprime pas toutes les inégalités.
Étape 2
De la monarchie constitutionnelle à la République en guerre
En 1791, une Constitution organise une monarchie constitutionnelle : le roi demeure, mais une assemblée vote les lois. Le suffrage est censitaire, lié notamment au paiement d’un impôt. Les citoyens actifs doivent aussi remplir des conditions d’âge, de domicile et de situation. Un homme qui n’y satisfait pas ne vote pas dans ces assemblées, et les femmes sont exclues du suffrage.
La guerre engagée en 1792 contre des monarchies européennes accroît les tensions. Le 10 août, une insurrection renverse le pouvoir du roi. La royauté est abolie le 21 septembre ; une République se met en place. Une République est un régime sans roi, mais ce mot ne garantit pas à lui seul le respect de toutes les libertés.
Louis XVI est exécuté en janvier 1793. La République affronte des armées étrangères et des révoltes intérieures. En 1793-1794, des politiques d’exception, des arrestations et des exécutions forment ce qu’on appelle la Terreur. Le contexte aide à comprendre les décisions et les conflits ; il ne rend pas les violences inévitables ni tous les acteurs identiques.
La Terreur ne désigne donc pas toute la période ouverte en 1789. Après la chute de Robespierre en juillet 1794, d’autres organisations du pouvoir suivent. Le Directoire, établi en 1795, appartient encore à la République ; l’instabilité politique et la place croissante de l’armée préparent le contexte du coup d’État de Bonaparte.
La frise distingue les régimes et les changements de gouvernement. Le Consulat de 1799 reste officiellement républicain, tandis que le pouvoir se concentre entre les mains de Bonaparte. République, démocratie et répartition effective des pouvoirs sont des questions liées, mais différentes.
Frise originale Maxdecours, 1er novembre 2026. Repères croisés avec les textes constitutionnels et les dossiers de l’Assemblée nationale. Les cases organisent la lecture, sans représenter proportionnellement la durée des régimes.
1791 : monarchie constitutionnelle, avec un roi et un vote limité.
1792 : fin de la royauté ; République, puis Directoire en 1795.
1799 : Consulat dans un cadre encore républicain, avec un pouvoir exécutif concentré.
1804 : établissement de l’Empire ; 1814-1815 : retours de la monarchie et épisode des Cent-Jours.
Repère deux gouvernements différents au sein de la République, puis le changement de régime de 1804.
Ne pas confondre un nom de régime et son fonctionnement
La Convention, le Directoire puis le Consulat correspondent à des organisations différentes dans une période officiellement républicaine. Le Consulat commence en 1799 ; l’Empire en 1804.
La Terreur de 1793-1794 est une séquence de la République en guerre, pas un régime couvrant tout 1789-1815. En 1814, la monarchie revient avant l’épisode des Cent-Jours de 1815.
À retenir. La République commence en 1792 et connaît plusieurs gouvernements ; le Consulat concentre le pouvoir avant l’Empire de 1804.
Étape 3
Consulat et Empire : stabiliser, centraliser, conquérir
Un coup d’État est une prise du pouvoir en rupture avec les règles prévues par les institutions. Celui du 18 Brumaire an VIII, le 9 novembre 1799, met fin au Directoire. Bonaparte devient Premier consul, puis consul à vie en 1802. Le maintien du nom de République n’empêche donc pas la concentration de l’autorité.
Le Consulat réorganise l’État et renforce le pouvoir central. Les préfets, nommés par le gouvernement, représentent son autorité dans les départements. La période conserve aussi des transformations révolutionnaires : une organisation territoriale nouvelle et le principe d’égalité civile ne disparaissent pas avec chaque changement de dirigeant.
Le Code civil des Français est réuni en 1804. Il organise les personnes, la famille, les biens et les relations privées dans un même ensemble de règles. Les droits civils concernent par exemple la propriété ou le mariage ; les droits politiques concernent la participation au pouvoir. Ne pas voter ne signifie pas ne posséder aucun droit civil.
L’article 213 du Code, dans sa version de 1804, attribue au mari la protection et à l’épouse l’obéissance. Ces devoirs ne sont pas symétriques : la loi organise une autorité masculine dans le mariage. Cela montre une inégalité juridique précise, sans nous dire comment chaque couple a effectivement vécu.
L’Empire est établi en 1804 et Napoléon Ier concentre le pouvoir. Les conquêtes diffusent certaines institutions françaises en Europe, mais elles imposent aussi domination, prélèvements et contraintes militaires. Les défaites entraînent une première abdication en 1814 et le retour de la monarchie. Napoléon revient pendant les Cent-Jours de 1815 ; Waterloo et sa seconde abdication sont suivies d’une nouvelle Restauration.
Code civil des Français, édition originale de 1804, livre I, titre V, article 213. Texte historique du domaine public vérifié dans la transcription Wikisource associée à l’édition numérisée.
« Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari. » (article 213, 1804)
Explique ce que cet article montre de la place juridique des époux ; ne l’utilise pas pour dire que toutes les femmes ont vécu la même situation.
Lire les deux devoirs, puis limiter la conclusion
L’article associe « protection » au mari et « obéissance » à l’épouse : les rôles juridiques sont différents et hiérarchisés. Il ne proclame pas une égalité des époux.
Un code indique une règle, pas le comportement observé dans tous les foyers. Cet article de 1804 n’explique pas non plus à lui seul le droit de vote : il faut distinguer droit de la famille et droits politiques.
À retenir. Unifier le droit et centraliser l’État ne signifie pas donner des droits identiques à tous : le mariage de 1804 fournit un contre-exemple précis.
Étape 4
Droits, esclavage et citoyenneté : des contradictions à analyser
Des femmes participent aux mobilisations, aux débats et aux écrits de la Révolution, mais elles n’obtiennent pas le droit de vote. En 1791, Olympe de Gouges publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Sa revendication d’égalité politique révèle une exclusion ; elle ne prouve pas que la revendication devient aussitôt une loi.
Dans les colonies, les révoltes des personnes réduites en esclavage et les guerres modifient la situation. À Saint-Domingue, l’insurrection commence en 1791. Le 4 février 1794, la Convention abolit l’esclavage dans les colonies françaises. L’application dépend cependant des territoires et des rapports de force ; la Martinique, occupée par les Britanniques, n’applique pas cette abolition.
Bonaparte revient sur le principe de 1794 en 1802. La loi du 20 mai maintient l’esclavage dans des colonies où il s’était perpétué, dont la Martinique et les colonies orientales concernées par la loi. En Guadeloupe, où l’abolition avait été appliquée, le rétablissement suit la reconquête militaire et un arrêté consulaire du 16 juillet 1802. Maintien et rétablissement ne désignent donc pas la même situation de départ.
La résistance compte aussi : l’expédition française échoue à Saint-Domingue et Haïti devient indépendante le 1er janvier 1804. Le projet de restaurer la domination coloniale ne produit pas le même résultat partout. Le tableau ne se lit donc pas comme une succession uniforme appliquée à toutes les colonies.
Ces écarts ne rendent pas les déclarations sans portée. Les principes servent à revendiquer et à contester des exclusions. Pour analyser une contradiction, il faut nommer le droit en jeu, la personne ou le territoire concerné, une date et une décision : la comparaison devient alors vérifiable.
Tableau original Maxdecours d’après les textes de 1794 et 1802, reproduits par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, et le dossier historique de l’Assemblée nationale. Consultés le 1er novembre 2026.
| Territoire | Abolition, maintien ou rétablissement |
|---|---|
| Martinique | L’abolition de 1794 n’est pas appliquée sous occupation britannique ; la loi du 20 mai 1802 maintient l’esclavage. |
| Guadeloupe | L’abolition est appliquée en 1794 ; l’esclavage est rétabli en 1802 après la reconquête et l’arrêté du 16 juillet. |
| Saint-Domingue, puis Haïti | La tentative de restaurer la domination française échoue ; l’indépendance est proclamée le 1er janvier 1804. |
Explique pourquoi « maintien » convient à la Martinique et « rétablissement » à la Guadeloupe dans ces décisions de 1802.
Comparer le principe de 1794 aux décisions et aux territoires
La Convention adopte une abolition en 1794. En Martinique, elle n’est pas mise en œuvre : la loi de mai 1802 y maintient l’esclavage. En Guadeloupe, une liberté effectivement acquise est supprimée par le rétablissement de 1802.
Les décisions de Bonaparte contredisent le principe abolitionniste de 1794, mais elles passent par des textes et des rapports de force différents. L’échec de l’expédition à Saint-Domingue interdit d’étendre le résultat guadeloupéen à toutes les colonies.
À retenir. Pour comprendre un droit et ses contradictions, il faut préciser la date, le texte et le territoire, ainsi que ceux qui peuvent l’exercer.
L’essentiel à retrouver
Ta fiche de révision
- En 1789, la représentation de la nation, l’abolition des privilèges et la Déclaration des droits ouvrent des ruptures politiques distinctes.
- L’égalité en droits ne signifie pas égalité de fortune ; les droits civils et politiques se distinguent.
- Le suffrage de 1791 est censitaire et masculin ; la République commence en 1792 avec d’autres formes de gouvernement.
- La Terreur se situe surtout en 1793-1794 ; elle ne résume pas toute la Révolution.
- Le Consulat commence en 1799 dans un cadre républicain ; l’Empire est établi en 1804 et le pouvoir se concentre.
- Le Code civil de 1804 unifie des règles, mais maintient notamment une inégalité juridique entre mari et épouse.
- En 1802, l’esclavage est maintenu dans certaines colonies et rétabli en Guadeloupe : ces décisions contredisent le principe abolitionniste de 1794.
- La première Restauration de 1814 est interrompue par les Cent-Jours de 1815 avant le retour de la monarchie.
Des erreurs à comprendre
Écrire que 1789 donne immédiatement les mêmes droits politiques à tous.
Distingue droits proclamés, suffrage censitaire, exclusion des femmes et situations coloniales.
Réduire toute la Révolution à la Terreur.
Situe la Terreur en 1793-1794 et explique le contexte de guerres et de conflits.
Dire que l’esclavage est définitivement aboli en 1794.
Distingue la loi d’abolition de 1794, son application selon les colonies, le maintien ou le rétablissement de 1802 et l’indépendance d’Haïti en 1804.
Écrire que le Consulat de 1799 est déjà l’Empire.
Le Consulat reste officiellement républicain. L’Empire est établi en 1804 ; un même nom de régime ne suffit pas à décrire la répartition réelle du pouvoir.
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Sources et repères
Édition Maxdecours · Année scolaire 2026-2027 · Vérification documentaire : 2026-11-01.
Cycle des apprentissages fondamentaux (cycle 2), cycle de consolidation (cycle 3) et cycle des approfondissements (cycle 4) : modification · Ministère de l’Éducation nationale · Histoire de quatrième : apports politiques, économiques et sociaux de la Révolution et de l’Empire, en France et en Europe ; annexe 3 p. 82 physique, p. 274 du BO complet.
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen · Assemblée nationale constituante ; présentation par le Conseil constitutionnel · Texte intégral.
Code civil des Français · Imprimerie de la République, édition numérisée · Livre Ier, titre V, article 213.
Nuit du 4 août : abolition des privilèges · Assemblée nationale · Décisions d’août et droits rachetables ; contexte historique.
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 · Ministère de l’Éducation nationale · Article premier ; deux pages de reproduction du texte primaire.
La Constitution du 3 septembre 1791 · Présidence de la République · Organisation des pouvoirs et conditions du citoyen actif, titre III, chapitre I, section II, article 2.
Textes sur le maintien et le rétablissement de l’esclavage en 1802 · Fondation pour la mémoire de l’esclavage ; textes des Archives nationales · Loi du 20 mai et arrêté consulaire du 16 juillet, textes primaires, avec leurs cotes.
1802-1804 : rétablissement progressif de l’esclavage · Assemblée nationale · Différences territoriales et échec à Saint-Domingue, indépendance d’Haïti.
Code civil de 1804, livre I, titre V · Imprimerie de la République ; transcription Wikisource · Article 213 de l’édition originale, règle historique étudiée dans sa version de 1804.
1804-1810 : la codification juridique · Assemblée nationale · Unification des règles et élaboration du Code civil.
1814-1848 : les faits · Assemblée nationale · Première et seconde Restaurations, épisode des Cent-Jours de 1815.
La ressource prépare l’analyse de textes et une réponse organisée ; elle ne remplace pas la confrontation de sources ni une discussion encadrée en classe.