Objectifs du parcours
Ce que tu vas savoir faire
- Expliquer pourquoi la biodiversité actuelle n’est qu’un état provisoire du vivant.
- Utiliser des fossiles et des couches géologiques pour reconstituer une partie du passé.
- Distinguer l’évolution d’une population, la spéciation et l’extinction.
- Reconnaître une crise biologique à son ampleur, son extension et sa durée.
- Expliquer la crise Crétacé-Paléogène en reliant indices, mécanismes et conséquences.
- Montrer pourquoi la biodiversité qui se reconstruit après une crise est différente.
- Relier les activités humaines actuelles aux pressions exercées sur la biodiversité.
Le chapitre en bref
La biodiversité n’est jamais immobile. Les populations changent au fil des générations, des espèces apparaissent ou s’éteignent et les écosystèmes se réorganisent. Les fossiles conservés dans les roches montrent qu’une grande partie des espèces du passé a disparu et que cinq crises majeures ont fortement accéléré ces extinctions. Il y a environ 66 millions d’années, la crise Crétacé-Paléogène a notamment été liée à l’impact de Chicxulub, dans un contexte de volcanisme intense. Après une crise, la diversité augmente de nouveau, mais les écosystèmes ne redeviennent pas identiques. Aujourd’hui, les activités humaines provoquent à leur tour un déclin rapide et mondial de la biodiversité.
1. À quelle vitesse la biodiversité peut-elle changer ?
La biodiversité d’un lieu correspond aux écosystèmes, aux espèces et à la diversité génétique que l’on y observe à un moment donné. Cette photographie n’est pas définitive : naissances, morts, migrations et reproduction la modifient continuellement.
Les changements n’ont pas tous la même vitesse. La proportion d’un allèle de résistance peut augmenter en quelques générations dans une population de moustiques exposée à un insecticide. L’abondance d’une population d’oiseaux peut varier en quelques années. L’apparition de nouvelles espèces et les grandes diversifications se lisent, elles, sur des milliers ou des millions d’années.
Pour comparer deux changements, il faut donc regarder le même objet sur une durée adaptée. Une baisse locale du nombre d’individus pendant dix ans renseigne sur cette population et cette période ; elle ne démontre pas à elle seule l’extinction mondiale de l’espèce. Les temps courts montrent surtout les populations actuelles, tandis que les temps géologiques permettent de suivre le renouvellement des espèces.
2. Que prouvent réellement les fossiles ?
Un fossile est un reste d’organisme ou une trace de son activité conservée dans une roche. Quand un organisme est rapidement enfoui dans des sédiments, ses parties dures, une empreinte ou une piste peuvent être préservées. Avec le temps, les sédiments deviennent une roche sédimentaire qui garde cette trace.
Dans une série de couches qui n’a pas été renversée, les couches inférieures sont plus anciennes que celles qui les recouvrent. La position d’un fossile permet donc de le placer dans une succession relative. Des datations complémentaires donnent ensuite un âge à certains niveaux. Si un même groupe apparaît dans plusieurs sites de même âge, sa présence passée devient solidement établie.
Cependant, tous les organismes ne se fossilisent pas. Un corps mou se décompose plus facilement qu’une coquille, certaines couches ont été érodées et une grande partie des roches reste inaccessible. Ne pas trouver un fossile dans une couche ne suffit donc pas à prouver que l’espèce était absente. Les paléontologues croisent de nombreux fossiles, plusieurs couches et plusieurs sites pour reconstituer une histoire aussi fiable que possible.
3. Un changement dans une population crée-t-il une nouvelle espèce ?
Une population évolue lorsque la fréquence de ses allèles change au fil des générations. Chez des moustiques exposés à un insecticide, les individus porteurs d’allèles de résistance peuvent laisser davantage de descendants. Ces allèles deviennent alors plus fréquents, mais les moustiques appartiennent encore à la même espèce.
La spéciation est un processus plus long. Elle suppose que des populations d’une même espèce divergent jusqu’à former des lignées distinctes. Une barrière géographique, des comportements reproducteurs différents ou des périodes de reproduction décalées peuvent réduire les croisements. Les différences s’accumulent alors et un isolement reproductif peut s’installer.
Il faut aussi distinguer disparition locale et extinction. Une espèce peut quitter une région tout en vivant ailleurs : son aire de répartition se réduit, mais elle n’est pas éteinte. L’extinction correspond à la disparition de tous les individus de l’espèce. Ces distinctions permettent de comprendre les archives fossiles sans transformer chaque variation en naissance ou en disparition d’espèce.
4. Qu’est-ce qui distingue une crise d’une extinction ordinaire ?
L’extinction d’espèces fait partie de l’histoire ordinaire du vivant. Une crise biologique se distingue par une augmentation exceptionnelle des extinctions : de nombreux groupes, marins et continentaux, disparaissent dans plusieurs régions du monde pendant un intervalle court à l’échelle géologique.
Une crise ne supprime jamais toute forme de vie et elle n’est pas forcément instantanée. Un événement qui dure des dizaines de milliers d’années est très long pour une société humaine, mais bref au regard des centaines de millions d’années enregistrées par les roches. Les paléontologues reconnaissent cinq grandes crises d’extinction au cours des 500 derniers millions d’années.
Pour les identifier, ils comparent les fossiles situés avant, pendant et après l’intervalle étudié. Une chute brutale du nombre de groupes dans de nombreux sites constitue un indice fort. Cette lecture tient compte des lacunes de l’archive : une couche peu fossilifère ou peu échantillonnée peut faire paraître la baisse plus importante qu’elle ne l’était.
5. Une seule cause explique-t-elle la crise Crétacé-Paléogène ?
Il y a environ 66 millions d’années, de nombreux groupes disparaissent à la limite entre le Crétacé et le Paléogène. Les dinosaures non aviens, les ammonites et de nombreux organismes marins s’éteignent, tandis que d’autres lignées, notamment les oiseaux et certains mammifères, survivent.
Plusieurs indices relient cette crise à l’impact d’un astéroïde : une fine couche enrichie en iridium est retrouvée dans de nombreuses régions, des minéraux portent les traces d’un choc extrême et le cratère de Chicxulub, au Mexique, a le même âge. L’impact a projeté poussières et aérosols dans l’atmosphère. La diminution de la lumière a freiné la photosynthèse, puis perturbé les chaînes alimentaires terrestres et marines.
Au même moment, les éruptions volcaniques du Deccan, dans l’actuelle Inde, ont libéré de grandes quantités de gaz et d’aérosols capables de modifier le climat et la chimie des océans. L’impact de Chicxulub explique solidement la rupture brutale observée dans les archives ; le rôle précis du volcanisme dans l’affaiblissement des écosystèmes reste discuté. Une explication scientifique relie ainsi des indices datés, un mécanisme physique et une réponse biologique.
6. Après une crise, la biodiversité revient-elle à l’identique ?
Après une crise, les espèces disparues ne réapparaissent pas. Les survivants trouvent cependant des milieux et des ressources devenus disponibles. Leurs populations se multiplient, occupent de nouvelles niches écologiques et peuvent diverger au fil des générations.
Lorsque plusieurs nouvelles lignées apparaissent à partir d’ancêtres communs, on parle de diversification. Après la crise K-Pg, les mammifères se sont par exemple diversifiés dans de nombreux milieux. Cela ne signifie pas qu’ils étaient destinés à remplacer les dinosaures : leur diversification dépend des variations héréditaires, des conditions du milieu, des interactions et du hasard.
La récupération prend souvent des millions d’années. Le nombre d’espèces peut finir par augmenter, mais les réseaux alimentaires et les espèces dominantes ont changé. Une crise ne remet donc pas simplement le compteur à zéro : elle ouvre une nouvelle étape de l’histoire du vivant.
7. Comment attribuer les changements actuels aux activités humaines ?
Aujourd’hui, la biodiversité diminue rapidement dans de nombreuses régions du monde. Cinq grandes pressions directes sont identifiées : la transformation des terres et des mers, l’exploitation d’organismes, le changement climatique, les pollutions et les espèces exotiques envahissantes. Elles agissent souvent ensemble sur les mêmes populations.
Une route offre un exemple de cette chaîne de causes. Sa construction transforme une partie de l’habitat et peut séparer une population en groupes plus petits. Les déplacements et les reproductions entre ces groupes deviennent plus rares ; leur diversité génétique peut alors diminuer et le risque de disparition locale augmenter. L’activité est la construction, la pression est la fragmentation et l’impact est la réponse mesurée chez les êtres vivants.
Plusieurs indicateurs sont nécessaires, car ils ne racontent pas la même chose. L’abondance indique combien d’individus sont présents ; l’aire de répartition indique l’espace occupé ; l’état des habitats renseigne sur les conditions de vie ; la diversité génétique renseigne sur les variations au sein des populations ; le risque d’extinction estime la probabilité de disparition d’une espèce. Une baisse de l’un de ces indicateurs ne permet pas de deviner automatiquement les autres.
De nombreux scientifiques parlent d’une sixième extinction de masse parce que les disparitions actuelles sont mondiales, rapides et largement causées par les activités humaines. La comparaison avec les cinq crises passées reste délicate : la crise actuelle est encore en cours, sa durée est très courte à l’échelle géologique et toutes les espèces ne sont pas connues. Cette difficulté de classement ne diminue pas le constat principal : populations, habitats et espèces subissent déjà un déclin rapide.
Erreurs fréquentes
L'essentiel à mémoriser
- La biodiversité change à des vitesses différentes selon que l’on observe des allèles, des populations, des espèces ou des écosystèmes.
- Les fossiles prouvent la présence passée d’organismes, mais l’archive géologique reste incomplète.
- Une population peut évoluer lorsque ses fréquences alléliques changent, sans qu’une nouvelle espèce apparaisse.
- Une crise biologique associe des extinctions massives, mondiales et rapides à l’échelle géologique.
- La crise K-Pg relie un impact majeur, des perturbations environnementales et une rupture observée dans les fossiles.
- Après une crise, les survivants se diversifient et forment des écosystèmes nouveaux.
- Les activités humaines provoquent aujourd’hui un déclin rapide mesurable dans les populations, les espèces et les habitats.
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Sources et traçabilité
Dernière vérification : 2026-09-20
- Programme de SVT de seconde générale et technologique, Ministère de l’Éducation nationale, consulté le 2026-08-09.
- Crises et paléobiodiversités, Muséum national d’Histoire naturelle, consulté le 2026-08-09.
- Quelles sont les cinq grandes crises de la biodiversité ?, Muséum national d’Histoire naturelle, consulté le 2026-08-09.
- La biodiversité en évolution perpétuelle, Muséum national d’Histoire naturelle - Éducation, consulté le 2026-08-09.
- Identifier les pressions sur les écosystèmes et en limiter les conséquences, Office français de la biodiversité, consulté le 2026-08-09.
- Observatoire national de la biodiversité, Office français de la biodiversité, consulté le 2026-08-09.