Ce que tu vas savoir faire
- Expliquer comment la souveraineté nationale remplace la souveraineté royale.
- Distinguer principes déclarés, droits juridiques, participation effective et exclusions.
- Comparer les régimes de 1789 à 1799 sans réduire la période à une liste de dates.
- Interpréter le procès de Louis XVI comme un conflit de souveraineté et de légitimité.
- Replacer le gouvernement révolutionnaire et la Terreur dans leurs institutions, guerres et temporalités.
- Étudier les trajectoires politiques de femmes et des populations coloniales sans les ajouter en marge du récit.
- Évaluer ce que le Consulat, l’Empire et le Code civil conservent ou limitent de la Révolution.
- Expliquer pourquoi l’Europe napoléonienne combine réformes, domination, résistances et sentiments nationaux.
Vérifie tes prérequis
- Connaître les ordres et les privilèges de la société d’Ancien Régime.
- Savoir distinguer monarchie, république, constitution, souveraineté et citoyenneté.
- Savoir lire une chronologie et attribuer une décision à une institution.
Le chapitre en bref
Entre 1789 et 1815, la souveraineté cesse d’être pensée comme la propriété du roi : la nation devient la source déclarée du pouvoir, des droits sont formulés et les privilèges juridiques sont abolis. Mais cette nation change plusieurs fois de régime et ne donne pas les mêmes droits à tous. Monarchie constitutionnelle, République, gouvernement révolutionnaire, Directoire, Consulat puis Empire cherchent chacun un ordre stable. Napoléon conserve l’égalité civile masculine, la propriété, l’administration réorganisée et le Code civil, tout en concentrant le pouvoir et en renforçant des hiérarchies familiales et coloniales. En Europe, réformes et domination militaire avancent ensemble ; occupation, fiscalité et conscription provoquent des résistances. La période refonde donc durablement le langage politique et juridique de la nation, sans accomplir uniformément ses promesses de liberté et d’égalité.
1. Comment la nation devient-elle la source du pouvoir en 1789 ?
La Révolution ne naît pas d’un événement isolé. La crise financière de la monarchie conduit Louis XVI à convoquer les États généraux, ouverts le 5 mai 1789. Le conflit porte vite sur la représentation et le vote. Le 17 juin, des députés du tiers état rejoints par certains membres du clergé se proclament Assemblée nationale : ils affirment représenter la nation, au-delà des trois ordres.
Le serment du Jeu de paume du 20 juin engage les députés à ne pas se séparer avant d’avoir donné une constitution à la France. La prise de la Bastille le 14 juillet, les mobilisations urbaines et la Grande Peur déplacent encore le rapport de force. La nuit du 4 août attaque droits féodaux et privilèges ; la Déclaration du 26 août pose des droits et affirme que le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation.
À observerObserve la convergence des gestes vers Bailly et l’ouverture de la salle : comment David transforme-t-il un serment politique en naissance collective de la nation ?
Voir la correction
Le Serment du Jeu de paume, dessin de Jacques-Louis David, 1791 David entreprend cette grande composition après les faits. Elle permet d’étudier la mémoire visuelle d’un acte fondateur autant que l’événement lui-même.
Notice du fichier · Jacques-Louis David · CC0.
À quel maillon la légitimité change-t-elle ?
La crise ouvre la convocation ; elle ne suffit pas à créer seule la nation souveraine.
2. Les droits déclarés en 1789 sont-ils immédiatement les droits de tous ?
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen affirme liberté, égalité en droits, sûreté, propriété, résistance à l’oppression, liberté d’opinion et souveraineté nationale. Elle donne un langage durable pour contester l’arbitraire. Toutefois, un principe général ne décrit pas à lui seul qui vote, possède, agit en justice ou peut participer à une institution précise.
La Constitution de 1791 réserve le vote à des hommes répondant à des conditions d’âge, de domicile et de contribution : les citoyens dits actifs élisent indirectement, tandis que les femmes, les hommes dits passifs, les domestiques et de nombreuses personnes des colonies restent hors de ce pouvoir électoral. Pour analyser une promesse révolutionnaire, sépare donc principe déclaré, règle d’accès, exercice effectif, obstacles et revendications.
À observerRepère les articles, les symboles et la forme monumentale : comment le document affirme-t-il des droits universels tout en laissant ouverte la question de leurs bénéficiaires ?
Voir la correction
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 26 août 1789 Cette représentation illustrée associe texte juridique et symboles révolutionnaires. Elle aide à lire une promesse de droits sans supposer qu’elle est immédiatement accomplie.
Notice du fichier · https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/declaration-des-droits-de-l-homme-et-du-citoyen-4#infos-principales · Public domain.
Quel niveau du droit vérifies-tu ?
Il permet de contester une exclusion sans prouver qu’elle a déjà disparu.
3. Pourquoi la monarchie constitutionnelle ne stabilise-t-elle pas la Révolution ?
La Constitution de 1791 partage les fonctions entre une Assemblée législative et un roi héréditaire doté d’un veto suspensif. Cette architecture ne supprime ni la défiance ni les conflits. La fuite du roi arrêtée à Varennes en juin 1791 affaiblit sa crédibilité ; la guerre déclarée en avril 1792 radicalise les oppositions et nourrit la peur de la trahison.
Le 10 août 1792, l’insurrection parisienne et la prise des Tuileries entraînent la suspension du roi. Une Convention élue au suffrage masculin sans distinction actifs-passifs abolit la royauté le 21 septembre et fonde la République. Pour comparer les régimes, ne retiens pas seulement leur nom : vérifie constitution, électorat, institutions, pratique du pouvoir, contrainte et crise de sortie.
Quelle pièce du régime compares-tu ?
Le texte ne suffit pas à décrire la pratique, les coups de force ou l’état d’exception.
4. Pourquoi le procès de Louis XVI est-il un procès de la souveraineté ?
Après le 10 août, Louis XVI est détenu. La Convention décide le 3 décembre 1792 de le juger elle-même. Les accusations mobilisent notamment Varennes, les rapports avec les puissances ennemies et les violences du 10 août. Le roi dispose de défenseurs ; les députés votent publiquement sur sa culpabilité, l’appel au peuple, la peine et le sursis.
La culpabilité est largement admise, l’appel au peuple rejeté et la mort votée ; Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793. Le point central n’est pas seulement la fin d’un homme : des représentants de la nation décident du sort de l’ancien souverain. Les débats opposent légalité, salut public, responsabilité, ratification populaire et risque politique.
Quelle décision du procès examines-tu ?
Le choix de la Convention pose déjà la question de la représentation souveraine.
5. Comment expliquer le gouvernement révolutionnaire et la Terreur ?
En 1793, la République affronte guerre européenne, soulèvements fédéralistes, guerre civile dans l’Ouest, crise des subsistances et conflits politiques à la Convention. La levée en masse mobilise soldats et ressources. Le Comité de salut public, le Comité de sûreté générale, les représentants en mission et le Tribunal révolutionnaire participent à un gouvernement d’exception déclaré révolutionnaire jusqu’à la paix.
La Terreur désigne un ensemble de politiques, de lois, de pratiques répressives et de violences dont les rythmes et les acteurs varient. Robespierre joue un rôle important, mais ne gouverne pas seul. Après la chute des robespierristes le 9 Thermidor an II, la répression et les institutions d’exception sont progressivement réorientées ou démantelées. Expliquer n’est ni excuser ni réduire : il faut relier pression, institution, décision, cible, droit suspendu, violence et chronologie.
Quelle couche de l’exception qualifies-tu ?
Elles n’imposent pas mécaniquement chaque décision ; acteurs et institutions restent responsables.
6. Qui agit dans la Révolution sans disposer des mêmes droits ?
Les femmes participent aux journées, pétitions, clubs, tribunes, écrits, salons et réseaux politiques sans obtenir le droit de vote. Madame Roland tient un salon influent, travaille aux écrits et à l’activité politique de son mari, proche des Girondins, puis rédige ses Mémoires en prison avant son exécution en novembre 1793. Son parcours montre à la fois action politique réelle, dépendance aux canaux masculins et répression.
Dans les colonies, les principes de 1789 rencontrent l’ordre esclavagiste et les revendications des libres de couleur et des personnes asservies. L’insurrection de Saint-Domingue ouverte en 1791 transforme le rapport de force ; la Convention abolit l’esclavage le 4 février 1794. Cette abolition est inégalement appliquée puis révoquée en 1802. Les droits ne descendent donc pas mécaniquement d’un texte : groupes mobilisés, guerre, institutions et territoires modifient leur portée.
Quel statut ne faut-il pas confondre ?
Agir politiquement ne signifie pas disposer du vote ni d’un statut juridique égal.
7. Napoléon clôt-il la Révolution ou en conserve-t-il des acquis ?
Le Directoire, fondé par la Constitution de l’an III en 1795, restreint le suffrage et partage le législatif entre deux conseils ; il reste dépendant de coups de force et de l’armée. Le 18 Brumaire an VIII, Bonaparte renverse le régime. Le Consulat concentre le pouvoir exécutif, encadre les consultations plébiscitaires, nomme les préfets, contrôle davantage la presse et stabilise administration, finances et relations avec l’Église. En 1804, l’Empire rend le pouvoir héréditaire.
Le Code civil unifie une grande partie du droit privé, protège propriété et contrats et confirme l’égalité civile masculine devant une même loi. Il organise aussi une famille hiérarchisée : la femme mariée est juridiquement subordonnée à son mari et l’autorité paternelle est renforcée. Le bilan doit donc tenir deux colonnes à la fois : acquis révolutionnaires conservés et ordre autoritaire ou inégalitaire consolidé.
Quelle dimension du bilan napoléonien ?
L’égalité civile masculine coexiste avec des statuts familiaux inégaux.
8. Pourquoi l’Europe napoléonienne produit-elle à la fois réformes et résistances ?
L’Empire annexe des territoires, domine des royaumes alliés ou satellites et impose des alliances variables. Dans plusieurs espaces, privilèges, structures féodales ou administrations sont réorganisés et le Code civil rayonne. Mais les effets dépendent du lieu, de la date et du statut : occupation militaire, contributions, blocus et conscription accompagnent les réformes.
En Espagne, le soulèvement madrilène du 2 mai 1808 et sa répression, représentés plus tard par Goya, révèlent la violence d’une domination qui prétend aussi transformer. Résistances monarchiques, religieuses, locales et nationales ne se confondent pas. Après la campagne de Russie de 1812 et la défaite de Leipzig en 1813, Napoléon abdique en avril 1814 ; revenu pendant les Cent-Jours, il est battu à Waterloo et abdique de nouveau en juin 1815.
Quel champ varie selon le territoire ?
La même mesure n’a ni le même cadre ni le même effet dans tous les espaces.
Erreurs fréquentes
L'essentiel à mémoriser
- En 1789, la nation devient la source déclarée de la souveraineté.
- Les droits proclamés ne donnent pas immédiatement le même pouvoir politique à tous.
- Les régimes successifs cherchent une stabilité sans résoudre les conflits de souveraineté.
- Le procès de Louis XVI met en jeu responsabilité, représentation et légitimité.
- La Terreur doit être expliquée par des institutions, contraintes, décisions et temporalités.
- Femmes et populations coloniales agissent dans la Révolution malgré des accès inégaux aux droits.
- Napoléon conserve certains acquis juridiques tout en construisant un pouvoir autoritaire.
- En Europe, réformes, domination et résistances se développent ensemble jusqu’aux chutes de 1814 et 1815.
Vérifier sa compréhension
Réponds aux 8 questions. Ton score et les réponses justes ou fausses apparaissent immédiatement.
Réviser au bon moment
Révèle chaque réponse, puis indique la difficulté de ton rappel pour programmer la prochaine révision dans ce navigateur.
Chaîne politique de juin 1789 ?
États généraux → Assemblée nationale → serment constitutionnel → souveraineté nationale.
Prochaine révision : à programmer
Cinq niveaux d’un droit ?
Principe déclaré, règle d’accès, exercice effectif, obstacle ou exclusion, revendication.
Prochaine révision : à programmer
Passeport d’un régime ?
Constitution, électorat, institutions, pratique du pouvoir, coercition, crise et sortie.
Prochaine révision : à programmer
Quatre votes du procès de Louis XVI ?
Culpabilité, appel au peuple, peine, sursis.
Prochaine révision : à programmer
Double bilan du Code civil ?
Unification, propriété et égalité civile masculine ; hiérarchie conjugale et paternelle.
Prochaine révision : à programmer
Audit d’un territoire napoléonien ?
Statut, réforme, prélèvement, conscription, acteurs, résistance, date et héritage.
Prochaine révision : à programmer
Poursuivre le parcours
- Tu es ici Comment la Révolution et l’Empire refondent-ils la nation tout en limitant leurs promesses ?
- Ensuite Comment l’Europe de 1814-1848 cherche-t-elle l’ordre sans pouvoir clore les révolutions ?
Sources et traçabilité
Dernière vérification : 2026-08-13
- Programme d’histoire-géographie de première générale, Ministère de l’Éducation nationale, consulté le 2026-08-11.
- Révolution française — histoire et patrimoine, Assemblée nationale, consulté le 2026-08-11.
- Décembre 1792-janvier 1793 — Procès et exécution de Louis XVI, Assemblée nationale, consulté le 2026-08-11.
- Madame Roland, girondine et mémorialiste, Bibliothèque nationale de France, consulté le 2026-08-11.
- 1794 : la première abolition, Assemblée nationale, consulté le 2026-08-11.
- 1804, le Code civil des Français : la même loi pour tous, partout, Fondation Napoléon, consulté le 2026-08-11.
- Goya in Times of War, Museo Nacional del Prado, consulté le 2026-08-11.