Ce que tu vas savoir faire
- Expliquer pourquoi la République proclamée en 1870 reste politiquement incertaine.
- Reconstituer la Commune et le parcours de Louise Michel sans réduire l’événement à une insurrection uniforme.
- Comprendre le compromis des lois constitutionnelles de 1875 et l’effet de la crise du 16 mai 1877.
- Auditer les libertés républicaines par accès, usages, restrictions et exclusions.
- Distinguer les étapes juridiques et les fonctions de l’école républicaine.
- Analyser les funérailles de Victor Hugo comme une construction politique du rassemblement national.
- Suivre l’affaire Dreyfus par preuves, institutions, presse, mobilisations et révisions.
- Lire précisément les principes et la mise en œuvre de la loi de 1905.
Vérifie tes prérequis
- Connaître la défaite de Sedan, la chute du Second Empire et la poursuite de la guerre en 1870-1871.
- Savoir distinguer proclamation, loi constitutionnelle, élection, pratique institutionnelle et liberté publique.
- Savoir attribuer un document, une décision et une mobilisation à un acteur et à une date.
Le chapitre en bref
La Troisième République naît d’abord d’une défaite et demeure incertaine : proclamée le 4 septembre 1870, elle affronte la poursuite de la guerre, une Assemblée à majorité monarchiste et la Commune de Paris, réprimée pendant la Semaine sanglante. Les lois de 1875 instituent un compromis parlementaire plutôt qu’une Constitution doctrinale ; la victoire électorale républicaine dans la crise du 16 mai 1877 fixe ensuite une pratique où le gouvernement dépend surtout des chambres. Le régime s’enracine par les libertés de presse, de réunion, syndicale et associative, par l’école gratuite, obligatoire et laïque, et par des symboles comme le 14 Juillet, La Marseillaise ou les funérailles nationales de Victor Hugo. Mais la citoyenneté reste masculine, les femmes agissent sans voter et les libertés connaissent restrictions et répressions. L’affaire Dreyfus révèle antisémitisme, nationalisme, raison d’État et défaillances judiciaires, tout en mobilisant presse, intellectuels, Parlement et Cour de cassation. Enfin, la loi du 9 décembre 1905 garantit liberté de conscience et libre exercice dans l’ordre public, tout en organisant la non-reconnaissance, le non-salariat et la non-subvention des cultes. L’enracinement vient donc de lois, pratiques, crises et mobilisations, jamais d’un consensus immédiat.
1. La République est-elle vraiment choisie le 4 septembre 1870 ?
Après la capture de Napoléon III à Sedan, des députés et manifestants proclament la République à Paris le 4 septembre 1870. Un gouvernement de Défense nationale poursuit la guerre contre les armées allemandes. La proclamation répond à l’effondrement impérial ; elle ne résulte pas encore d’une Constitution ni d’un vote national sur la forme du régime.
Les élections du 8 février 1871 donnent une majorité conservatrice et monarchiste à une Assemblée favorable à la paix. Adolphe Thiers devient chef du pouvoir exécutif ; les préliminaires puis le traité de Francfort imposent de lourdes conditions. La République demeure provisoire tandis que monarchistes, républicains, révolutionnaires, villes et campagnes divergent sur la paix, l’ordre social et les institutions. Distingue toujours naissance de fait, légitimation électorale et fondation juridique.
Quel jalon transforme la proclamation en régime durable ?
Un acte fondateur ne garantit ni la paix ni l’adhésion de l’Assemblée future.
2. Que révèle la Commune de Paris et comment Louise Michel y agit-elle ?
Après le siège, la capitulation et le déplacement de l’Assemblée à Versailles, Paris reste armé, politisé et méfiant. Le 18 mars 1871, la tentative gouvernementale de reprendre les canons de la Garde nationale déclenche l’insurrection. Un Conseil de la Commune est élu le 26 mars, sans vote ni éligibilité des femmes, puis proclamé le 28. Républicains radicaux, socialistes, blanquistes, internationalistes et indépendants y portent des projets différents.
Louise Michel, institutrice, préside un comité de vigilance féminin du 18e arrondissement pendant le siège, anime des clubs, participe aux secours et à la défense de la Commune. D’autres femmes organisent travail, soins, presse et mobilisation. Les troupes versaillaises reprennent Paris du 21 au 28 mai pendant la Semaine sanglante ; morts, arrestations, procès et déportations suivent. Michel se livre, revendique ses actes au procès, est déportée en Nouvelle-Calédonie et devient ensuite anarchiste. Son parcours relie fonctions, décisions, répression et évolution, pas une simple icône.
À observerObserve les matériaux, la largeur de la voie et l’absence de combat : que montre cette photographie de l’insurrection, et que laisse-t-elle hors champ ?
Voir la correction
Barricade des boulevards Voltaire et Richard-Lenoir, Commune de Paris, 1871 Bruno Braquehais est l’un des rares photographes à documenter Paris pendant la Commune. Une photographie atteste un état visible, pas l’ensemble de l’événement.
Notice du fichier · Bruno Braquehais · Public domain.
Quelle trace situe l’action de Louise Michel ?
Son action ne commence ni ne se résume aux combats de la Commune.
3. Comment un compromis constitutionnel devient-il une République parlementaire ?
L’Assemblée élue en 1871 reste longtemps partagée entre monarchistes et républicains. L’échec de la restauration, notamment autour du drapeau blanc exigé par le comte de Chambord, ouvre la voie à un compromis. L’amendement Wallon du 30 janvier 1875 introduit le président de la République à une voix de majorité. Trois lois organisent Sénat, Chambre des députés, président élu par les deux chambres et ministres responsables.
Le texte laisse au président des pouvoirs importants, dont la dissolution avec accord du Sénat. En mai 1877, Mac Mahon renvoie Jules Simon, nomme un ministère conservateur puis dissout la Chambre. Les électeurs masculins maintiennent une majorité républicaine ; Mac Mahon se soumet puis démissionne en 1879. Jules Grévy renonce politiquement à combattre les chambres. La pratique parlementaire naît donc d’une crise interprétative et électorale, pas seulement du texte de 1875.
Quel niveau distingue le texte de la pratique ?
Le texte laisse ouvertes des lectures que la crise politique va départager.
4. Les libertés républicaines ouvrent-elles la citoyenneté à tous ?
La loi de 1881 élargit la liberté de la presse, une autre encadre plus libéralement les réunions publiques, la loi de 1884 autorise les syndicats professionnels et celle de 1901 les associations. Ces textes facilitent journaux, partis, ligues, syndicats, campagnes et débats. Chaque liberté conserve cependant des infractions, formalités, pouvoirs de police et usages conflictuels ; les lois dites scélérates des années 1890 montrent qu’une République peut aussi restreindre au nom de la sécurité.
Le suffrage dit universel reste masculin. Les femmes écrivent, enseignent, travaillent, pétitionnent, font grève, militent et forment des organisations sans voter aux élections nationales. Les populations colonisées connaissent des statuts politiques et juridiques inégaux. Une liberté s’audite donc par texte, titulaires, capacité matérielle, organisation, restriction, sanction et recours ; proclamer une République ne rend pas sa citoyenneté universelle.
Quelle couche révèle la portée réelle d’une liberté ?
Le titre d’une loi ne dit pas encore qui peut effectivement s’en servir.
5. Comment l’école et les symboles fabriquent-ils une culture républicaine ?
La République fixe La Marseillaise comme hymne en 1879 et le 14 Juillet comme fête nationale en 1880 ; Marianne, drapeaux, mairies, monuments et cérémonies rendent le régime visible. Ces signes ne prouvent pas l’adhésion : ils proposent un récit de la Révolution, de la nation et de la citoyenneté, repris ou contesté selon les milieux.
La loi du 16 juin 1881 rend gratuit l’enseignement primaire public ; celle du 28 mars 1882 rend l’instruction obligatoire pour les enfants des deux sexes de six à treize ans et laïcise les programmes ; la loi Goblet de 1886 laïcise progressivement le personnel public. Communes, familles, institutrices, instituteurs et élèves assurent l’application. L’école transmet savoirs, langue nationale, discipline civique et patriotisme, tout en rencontrant absences, inégalités de genre et sociales, conflits religieux et langues régionales. Distingue loi, infrastructure, personnel, programme, fréquentation et appropriation.
Quelle pièce du système scolaire ou symbolique dates-tu ?
Un signe proposé par l’État n’établit pas à lui seul l’adhésion de tous.
6. Que construisent les funérailles nationales de Victor Hugo en 1885 ?
Victor Hugo meurt le 22 mai 1885. Des décrets organisent des funérailles nationales et rendent le Panthéon au culte laïc afin qu’il y soit inhumé. Le 1er juin, le cortège relie l’Arc de triomphe au monument au milieu d’une foule immense. Le choix du trajet, du bâtiment, des discours et de l’écrivain engagé transforme un deuil en cérémonie civique.
La République associe ainsi littérature, défense des libertés, exil contre l’Empire et grandeur nationale. Mais « consensus » ne signifie ni unanimité sociale ni accord sur toute l’œuvre de Hugo. Pour étudier une cérémonie, relève décision, défunt sélectionné, lieu, parcours, participants, absents, symboles, presse et réemplois ultérieurs. Le rituel cherche à produire du commun ; son efficacité et ses limites doivent encore être établies.
Quelle décision transforme le deuil en cérémonie civique ?
L’hommage collectif est organisé par des actes et non produit spontanément par la foule.
7. Pourquoi l’affaire Dreyfus met-elle la République à l’épreuve ?
En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, officier juif, est condamné pour trahison par un conseil de guerre après une procédure marquée par un dossier secret communiqué illégalement. Antisémitisme, nationalisme et souci de protéger l’armée orientent accusation et campagne de presse. En 1896, Picquart identifie Esterhazy ; des faux et dissimulations entretiennent pourtant la condamnation.
Après l’acquittement d’Esterhazy, Zola publie « J’accuse…! » dans L’Aurore le 13 janvier 1898 et subit un procès. Presse, familles, intellectuels, ligues, Parlement, gouvernement, armée et juges transforment une erreur judiciaire en crise politique. Le jugement est cassé en 1899, mais Dreyfus est de nouveau condamné puis gracié ; la Cour de cassation l’innocente en 1906. Sépare preuve, institution qui la détient, publicité, mobilisation, décision, recours et réparation : la République produit l’injustice puis des moyens de la corriger.
À observerObserve la taille du titre, le destinataire et la forme de lettre ouverte : comment la mise en page transforme-t-elle une argumentation en intervention politique ?
Voir la correction
« J’accuse…! », une de L’Aurore, 13 janvier 1898 La une de L’Aurore associe littérature, presse et combat civique. Son caractère partisan ne la rend pas inutilisable : il détermine les questions à lui poser.
Notice du fichier · Émile Zola, L'Aurore · Public domain.
Quel maillon transforme une erreur judiciaire en affaire publique ?
Une décision judiciaire doit être reliée à ce que les juges ont vu et à ce qui leur a été caché.
8. Que sépare exactement la loi du 9 décembre 1905 ?
L’affrontement entre républicains et Église catholique porte sur l’école, les congrégations, la nomination des évêques et la place publique du religieux. Après la politique anticléricale des gouvernements radicaux et la rupture diplomatique avec le Saint-Siège, la loi de 1905 met fin au régime concordataire dans son champ d’application. Elle n’efface ni croyances ni cultes.
L’article 1 assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes sous les restrictions de l’ordre public. L’article 2 dispose que la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte, avec notamment une possibilité de dépenses d’aumônerie pour garantir l’exercice dans certains établissements publics. Inventaires, biens et associations cultuelles rendent l’application conflictuelle. Lis donc liberté garantie, neutralité institutionnelle, financement, exception, territoire, mise en œuvre et recours, sans réduire la laïcité à l’interdiction de la religion.
Quel principe ou mécanisme des articles 1 et 2 appliques-tu ?
La laïcité commence par une liberté et non par une interdiction générale du religieux.
Erreurs fréquentes
L'essentiel à mémoriser
- La République proclamée pendant la guerre reste provisoire et contestée jusqu’au compromis institutionnel.
- La Commune est un autogouvernement parisien pluriel, suivi d’une répression massive et de mémoires concurrentes.
- Louise Michel agit par enseignement, comité, clubs, secours et défense avant procès et déportation.
- Les lois de 1875 organisent le régime ; la crise de 1877 en fixe la pratique parlementaire.
- Libertés publiques et suffrage masculin s’élargissent sans donner une citoyenneté égale à tous.
- École, symboles et funérailles de Victor Hugo mettent en scène et transmettent une culture républicaine.
- L’affaire Dreyfus révèle une injustice d’État et les mobilisations capables d’obtenir sa révision.
- La loi de 1905 associe liberté de conscience, libre exercice et neutralité institutionnelle.
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Trois fondations de la République ?
1870 proclamation de fait ; 1875 institutions ; 1877-1879 pratique parlementaire consolidée.
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Passeport Louise Michel ?
Institutrice, comité de vigilance, clubs, secours, défense, procès, déportation, anarchisme.
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Effet du 16 mai 1877 ?
La victoire électorale républicaine impose la prééminence politique des chambres.
Prochaine révision : à programmer
1881, 1882, 1886 ?
Gratuité ; obligation et programmes laïques ; personnel public laïcisé.
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Audit d’une vérité judiciaire ?
Preuve, détenteur, procédure, publicité, mobilisation, décision, recours et réparation.
Prochaine révision : à programmer
Deux piliers de 1905 ?
Article 1 : liberté de conscience et exercice ; article 2 : neutralité institutionnelle et financière.
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Poursuivre le parcours
- Avant Comment guerre et diplomatie redessinent-elles l’Italie, l’Allemagne et la place de la France ?
- Tu es ici Comment la République s’enracine-t-elle sans tenir toutes ses promesses entre 1870 et 1905 ?
- Ensuite Comment la France s’industrialise-t-elle tout en restant rurale et profondément inégale avant 1914 ?
Sources et traçabilité
Dernière vérification : 2026-08-13
- Programme d’histoire-géographie de première générale, Ministère de l’Éducation nationale, consulté le 2026-08-11.
- Trois lois constitutionnelles instituent la Troisième République, Assemblée nationale, consulté le 2026-08-11.
- Les 72 jours de la Commune et Louise Michel, Musée Carnavalet — Histoire de Paris, consulté le 2026-08-11.
- Les grands principes du système éducatif, Ministère de l’Éducation nationale, consulté le 2026-08-11.
- La cérémonie d’hommage au Panthéon — Victor Hugo, Centre des monuments nationaux — Panthéon, consulté le 2026-08-11.
- 1894-1906 — L’affaire Dreyfus, Assemblée nationale, consulté le 2026-08-11.
- Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, Légifrance, consulté le 2026-08-11.