EMC · Première générale

Une société tient‑elle seulement parce qu'elle partage des valeurs ?

Les principes comptent, mais leur effet dépend de règles, d'institutions, de ressources et de pratiques. Ce cours apprend à passer d'un principe proclamé à une analyse documentée de sa mise en œuvre.

  1. Décrire les faits et la source.
  2. Nommer le principe ou l'institution.
  3. Repérer les tensions et informations manquantes.
  4. Formuler une conclusion limitée et une action possible.
  • 8activités avec l'accès complet
  • 8questions avec l'accès complet
  • 6cartes avec l'accès complet
  • 4sources citées

Objectifs du parcours

Ce que tu vas savoir faire

  • Relier solidarité et fraternité à des mécanismes concrets.
  • Distinguer égalité en droit, traitement identique et correction d'une inégalité.
  • Expliquer le rôle de la laïcité dans une société pluraliste.
  • Articuler indivisibilité, décentralisation et diversité territoriale.
  • Distinguer nationalité, citoyenneté française et citoyenneté européenne.
  • Analyser une politique de mémoire ou de défense sans confondre fait, souvenir et opinion.
Le chapitre en bref

La cohésion d'une société démocratique ne signifie ni uniformité ni absence de conflit. Elle repose sur des principes communs, des solidarités organisées, des institutions qui arbitrent et la possibilité d'exprimer des différences. La République est indivisible tout en ayant une organisation décentralisée ; la Nation se construit par le droit, l'histoire, des mémoires parfois conflictuelles et une citoyenneté qui possède aussi une dimension européenne.

1. Solidarité et fraternité : du principe au mécanisme

La solidarité organise la prise en charge d'un risque ou d'un besoin à plusieurs échelles : famille, association, assurance, protection sociale, collectivité ou État. Une contribution obligatoire par l'impôt et un don volontaire ne reposent pas sur la même règle, même s'ils peuvent tous deux financer une aide. L'analyse doit donc identifier qui contribue, selon quelle obligation, pour quel droit et avec quel contrôle.

La fraternité est aussi un principe à valeur constitutionnelle depuis la décision du Conseil constitutionnel du 6 juillet 2018. Cette décision ne supprime pas toute règle : elle impose une conciliation entre la liberté d'aider autrui dans un but humanitaire et la sauvegarde de l'ordre public. Un principe oriente donc le droit sans fournir seul la solution à chaque cas.

2. Égalité : traiter de façon identique ou rendre un droit effectif ?

L'égalité en droit interdit qu'une différence de traitement repose arbitrairement sur une caractéristique protégée. Elle ne commande pourtant pas toujours une mesure strictement identique pour toutes les situations. Une rampe d'accès, une bourse selon les ressources ou une politique de rattrapage peuvent viser l'effectivité d'un droit face à des obstacles différents. Il faut examiner l'objectif, le critère et la proportionnalité.

L'égalité entre les femmes et les hommes montre qu'un principe peut transformer progressivement la société par le droit, les politiques publiques et les mobilisations. Une statistique d'écart documente un résultat, pas sa cause unique. Pour raisonner, on distingue la mesure, les mécanismes possibles, les règles en vigueur et les effets effectivement évalués.

3. Pluralisme et laïcité : organiser la coexistence

Le pluralisme reconnaît la coexistence de convictions philosophiques, religieuses et politiques différentes dans un même cadre démocratique. La laïcité française garantit la liberté de conscience et impose la neutralité à l'État et à ses agents dans l'exercice de leurs fonctions. Elle ne signifie ni l'effacement de toute conviction dans la société ni une obligation générale de neutralité pour tous les citoyens.

Une restriction à la manifestation d'une conviction ne s'évalue pas par une impression isolée. Il faut identifier le statut de la personne, le lieu, la mission, le texte applicable, le but poursuivi et la proportionnalité de la mesure. Le même geste peut donc recevoir une analyse différente selon qu'il concerne un agent public en fonction, un usager ou une personne dans un espace privé.

4. Discriminations et haines : protéger sans confondre

Une discrimination suppose un traitement défavorable, relié à un critère protégé, dans un domaine prévu par le droit. Un propos haineux, une violence, un harcèlement et une discrimination peuvent se cumuler, mais ne se qualifient pas avec les mêmes éléments. L'analyse commence par les faits, conserve les preuves licites et s'oriente vers l'interlocuteur compétent sans exposer publiquement des données sensibles.

Le racisme, l'antisémitisme, l'antitsiganisme, la xénophobie et la haine anti-LGBT portent atteinte à l'égalité et à la cohésion démocratique. Les étudier ne consiste pas à répéter des slogans ou des insultes. On analyse les mécanismes de désignation, les normes, les effets, les recours et les responsabilités, avec des cas fictifs ou des sources publiques situées.

5. République indivisible et organisation décentralisée

L'article premier de la Constitution qualifie la France de République indivisible et précise que son organisation est décentralisée. L'indivisibilité renvoie notamment à l'unité de la souveraineté et à l'égalité devant la loi. La décentralisation transfère des compétences à des collectivités territoriales élues ; elle ne transforme pas celles-ci en États souverains.

Une politique publique réunit souvent plusieurs niveaux. L'État fixe des normes nationales, une région organise certaines compétences, un département ou une commune intervient dans d'autres domaines. Pour attribuer une décision, il faut vérifier la compétence juridique, le financement et la mise en œuvre. Le simple logo visible sur un équipement ne suffit pas à identifier qui décide de tout.

6. Nationalité, citoyenneté française et citoyenneté européenne

La nationalité est un lien juridique entre une personne et un État. La citoyenneté désigne l'exercice de droits et de devoirs politiques dans un cadre donné. En France, les deux notions sont liées mais ne se confondent pas avec l'identité culturelle, le lieu de naissance ou le sentiment d'appartenance. Une situation individuelle se vérifie par le droit applicable, jamais par l'apparence ou le nom.

Toute personne ayant la nationalité d'un État membre est citoyenne de l'Union européenne. Cette citoyenneté s'ajoute à la citoyenneté nationale et donne notamment des droits de circulation, de séjour et de participation aux élections municipales et européennes dans l'État membre de résidence, sous les conditions prévues. Elle ne crée pas une nationalité européenne autonome.

7. Mémoires et Nation : construire un commun sans effacer les conflits

Une mémoire est un rapport vivant et sélectif au passé, porté par des individus, des groupes ou des institutions. L'histoire cherche à produire une connaissance critique à partir de sources confrontées. Une cérémonie, un monument, un discours et un manuel n'ont donc ni le même producteur, ni la même fonction, ni les mêmes règles de preuve.

Les questions mémorielles peuvent contribuer à la reconnaissance et au lien national, mais aussi susciter des affrontements. Les analyser demande de situer le document, d'identifier ce qu'il commémore, ce qu'il tait et le public auquel il s'adresse. Une politique de mémoire n'impose pas à elle seule une interprétation historique vraie ; elle constitue aussi un objet à étudier.

8. Patriotisme constitutionnel, engagement et défense

Le patriotisme constitutionnel désigne un attachement aux principes, droits et institutions d'un ordre démocratique, plutôt qu'une adhésion fondée sur une origine supposée homogène. Il permet de penser une appartenance nationale compatible avec la diversité des histoires, convictions et modes de vie. Cet attachement reste critique : respecter les institutions n'interdit pas de contester une politique par les voies démocratiques.

La défense concerne la protection de la population, du territoire, des institutions et des engagements collectifs face à des menaces variées, y compris informationnelles et numériques. L'engagement peut prendre des formes militaires, civiles, associatives ou institutionnelles. Pour juger une information de sécurité, on examine source, compétence, date, preuves, intérêt à convaincre et possibilité de corroboration.

Erreurs fréquentes

L'essentiel à mémoriser

  • Un principe de solidarité devient observable par un financement, des droits, une institution et des contrôles.
  • L'égalité s'analyse par les droits, les obstacles, les critères de traitement et les effets, non par le seul mot « identique ».
  • La laïcité protège la liberté de conscience et organise la neutralité publique dans un cadre précis.
  • Une atteinte peut être grave sans relever de la même qualification ; les faits et le cadre juridique décident.
  • L'indivisibilité fixe un cadre commun ; la décentralisation répartit des compétences contrôlables.
  • La citoyenneté européenne complète la citoyenneté nationale ; elle ne remplace pas la nationalité.
  • Une mémoire relie un groupe au passé ; l'histoire confronte les sources et rend ses méthodes visibles.
  • L'engagement démocratique associe attachement aux principes, esprit critique, voies d'action et responsabilité informationnelle.

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Sources et traçabilité

Dernière vérification : 2026-08-15

  1. Programme d'enseignement moral et civique du CP à la Terminale, Ministère de l'Éducation nationale, consulté le 2026-08-15.
  2. Programmes et ressources en enseignement moral et civique, voie GT, Éduscol, consulté le 2026-08-15.
  3. Constitution du 4 octobre 1958, Légifrance, consulté le 2026-08-15.
  4. Décision n° 2018-717/718 QPC du 6 juillet 2018, Conseil constitutionnel, consulté le 2026-08-15.

Tu sais relier principes et institutions

Mets la méthode à l'épreuve d'un cas de discrimination.

Qualifie les faits, repère les informations manquantes et choisis une voie d'action proportionnée.

  • Exercices progressifs
  • Corrections raisonnées
  • Cartes de mémorisation