Histoire · Troisième générale · 2026-2027 · Brevet 2027

1914-1918 : civils et militaires dans une guerre totale

En 1914-1918, le front dépend de l’argent, des productions et des transports de l’arrière. Les États mobilisent ces ressources et cherchent l’adhésion des populations, tandis que les civils subissent aussi les violences : ces liens permettent de parler de guerre totale.

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Objectifs du chapitre

Ce que tu vas savoir faire

  • Situer 1914-1918 et quelques tournants du conflit.
  • Expliquer guerre de position, violence de masse et mobilisation de l'arrière.
  • Distinguer les violences de guerre et le génocide des Arméniens.
  • Construire une explication avec repères, exemples et analyse de sources.

Une pièce d’or peut-elle combattre ? Sur une affiche française de 1915, un coq surgit d’une pièce pour renverser un soldat allemand. Le dessin transforme une contribution financière en geste de combat. Cette image fait entrer dans la question du chapitre : comment une guerre menée par des armées engage-t-elle aussi des sociétés entières ?

Étape 1

Situer le conflit sans réduire ses causes à un événement

En juin 1914, l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo déclenche une crise dans un contexte de rivalités et d'alliances. Les décisions des États et l'enchaînement des déclarations de guerre élargissent le conflit durant l'été. L'attentat n'explique pas à lui seul toutes les tensions ni tous les choix politiques.

Au début, les armées cherchent une victoire rapide par le mouvement. Sur le front occidental, les offensives échouent à obtenir cette décision et les lignes se stabilisent à la fin de 1914. Les tranchées deviennent un élément majeur de la guerre de position. D'autres fronts connaissent des évolutions différentes ; il ne faut pas raconter tout le conflit mondial comme une seule tranchée française.

En 1916, Verdun et la Somme illustrent la durée et la violence de grandes batailles. En 1917, les États-Unis entrent en guerre, tandis que les révolutions russes transforment la situation à l'est. La reprise des offensives en 1918 et l'évolution du rapport de forces précèdent les armistices.

Le 11 novembre 1918, l’armistice avec l’Allemagne suspend les combats qui l’opposent aux Alliés. Un armistice n’est pas un traité de paix : il arrête les opérations selon des conditions, sans régler à lui seul les frontières et l’après-guerre. Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919 avec l’Allemagne, appartient à ce second temps. D’autres traités concernent d’autres États ; toutes les violences ne cessent pas en novembre 1918.

Repères du conflit

Synthèse originale Maxdecours, rédigée en 2026, sur des repères de 1914 à 1919. Ce tableau n’est pas une archive de la guerre.

Repères du conflit
RepèreÉvénement
1914Début du conflit ; stabilisation du front occidental à la fin de l'année
1915Génocide des Arméniens dans l'Empire ottoman
1916Verdun et bataille de la Somme
1917Entrée en guerre des États-Unis ; révolutions russes
11 novembre 1918Armistice avec l'Allemagne
1919Traité de Versailles

Reproduis une frise à échelle régulière et distingue les repères annuels de la date précise de l'armistice.

Pourquoi 1918 et 1919 ne sont-ils pas interchangeables ?

Le 11 novembre 1918 correspond à un armistice avec l’Allemagne. Versailles est un traité signé en 1919 : arrêter les combats et organiser la paix sont deux actes distincts.

1916 n’est pas une journée : les batailles de Verdun et de la Somme se déroulent sur plusieurs mois. Une frise peut montrer leurs durées par des segments.

Le repère 1915 marque le déclenchement du génocide des Arméniens ; le processus de destruction se poursuit notamment en 1916. Une année de repère ne réduit pas tout un événement à douze mois.

À retenir. Une chronologie explique des étapes ; l'attentat, l'armistice et les traités n'ont pas la même fonction.

Étape 2

Comprendre la violence de masse au front

Dans la guerre de position, les tranchées protègent partiellement les soldats mais les exposent à l'artillerie, aux attaques et à des conditions difficiles. Les bombardements, les mitrailleuses et d'autres armes rendent les offensives meurtrières. La violence ne se réduit pas au combat rapproché : elle agit aussi par la durée, la peur, les blessures et l'épuisement.

À Verdun, sur le front occidental, la bataille dure du 21 février au 18 décembre 1916, environ 300 jours. L’artillerie bouleverse le terrain et provoque des blessures, des morts et une peur répétée des bombardements. Le Mémorial de Verdun donne un ordre de grandeur de 700 000 pertes françaises et allemandes : ce total comprend morts, disparus et blessés, pas 700 000 morts. La durée renouvelle les besoins en hommes et en matériel, sans déboucher sur une percée décisive.

Les combats dépendent aussi des routes et des approvisionnements. Entre Bar-le-Duc et Verdun, la route appelée « Voie Sacrée » transporte soldats, vivres et matériel. Un obus tiré au front a été fabriqué, acheminé et financé. Verdun permet ainsi de comprendre le lien matériel entre front et arrière, au-delà du seul récit d’une attaque.

Une lettre donne accès à ce qu’un combattant choisit de raconter à un destinataire, à une date et dans une situation précises. Il peut chercher à rassurer ses proches ou tenir compte de la censure. Une affiche, comme celle de 1915 ci-dessous, poursuit un autre but : convaincre. Ces documents sont utiles parce qu’on pose à chacun une question adaptée ; aucun ne suffit à décrire ce que tous les soldats ou tous les civils pensent.

Exemple résolu · Pas à pas

Expliquer Verdun au lieu de citer un nom

La phrase « Verdun, 1916 : une bataille violente » suffit-elle à expliquer la violence de masse ?

  1. La bataille dure environ 300 jours, de février à décembre 1916. L’exposition aux bombardements et à l’épuisement est prolongée, pas limitée à un affrontement bref.
  2. L’artillerie et les autres armes industrielles produisent des destructions et des pertes massives. L’ordre de grandeur de 700 000 pertes réunit plusieurs catégories : il ne désigne pas uniquement les morts.
  3. Le ravitaillement et les relèves font intervenir l’arrière. L’exemple relie donc les moyens de destruction, leurs effets sur les combattants et les ressources nécessaires pour poursuivre la bataille.

Verdun illustre une violence de masse durable sur le front occidental. La bataille n’est ni l’ensemble de la guerre mondiale, ni une preuve que tous les combattants vivent exactement la même situation.

À retenir. La violence de masse s'explique par les moyens, les situations et la durée ; chaque source apporte un éclairage situé.

Étape 3

Relier les civils à la guerre et à ses violences

Une guerre totale mobilise les ressources économiques, humaines et politiques au service du conflit. Les industries produisent des armes et des munitions ; l'agriculture et les transports approvisionnent les armées et la population. Les États empruntent et organisent la mobilisation. Totale ne signifie pas que tous les individus vivent la même expérience ni que chaque activité civile disparaît.

Les femmes travaillent déjà avant 1914, dans les champs, les services et les industries notamment. La guerre accroît leur présence dans certains emplois, comme la fabrication de munitions : les ouvrières qui les produisent sont surnommées « munitionnettes ». Cette mobilisation ne supprime ni les inégalités ni les conflits du travail. Les Archives nationales du monde du travail signalent ainsi des grèves de décembre 1916 à janvier 1917 autour des objectifs de production et des rémunérations. Soldats, travailleurs et ressources viennent aussi des empires coloniaux : le conflit dépasse l’Europe.

Les civils sont acteurs et victimes : difficultés d'approvisionnement, deuils, déplacements, occupation, réquisitions et violences. La propagande cherche à obtenir l'adhésion, soutenir le moral et encourager les ressources pour la guerre. Son analyse porte sur ses procédés et son contexte, pas sur l'idée qu'elle exprimerait toute l'opinion des populations.

En 1915, le pouvoir jeune-turc, dominé par le Comité Union et Progrès, organise le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman. Les arrestations des élites, notamment à Constantinople le 24 avril, sont suivies de massacres et de déportations de populations vers la Syrie. Les convois, puis les camps, deviennent des lieux de destruction ; les massacres se poursuivent en 1916. Les victimes sont visées comme membres d’un groupe à détruire : il ne s’agit pas d’une simple conséquence des combats. Le génocide des Juifs et des Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale relève d’un autre contexte et d’autres acteurs.

Les révolutions russes de 1917 s'inscrivent dans des tensions politiques et sociales aggravées par la guerre. Elles changent le pouvoir et le cours du conflit. Une explication historique doit relier plusieurs facteurs, sans présenter les souffrances comme une cause automatique et unique de tous les changements.

Quand une pièce d’or devient une arme dans une affiche

Abel Faivre, « Pour la France versez votre or. L’or combat pour la victoire », 1915, lithographie en couleurs, imprimerie Devambez, Paris. Library of Congress, notice 99613501, reproduction LC-USZC2-3865 ; copie numérique non agrandie conservée sur Wikimedia Commons. Domaine public.

Affiche de 1915 : en haut « Pour la France versez votre or » ; une grande pièce d’or portant un coq gaulois renverse un soldat allemand au casque à pointe ; en bas « L’or combat pour la victoire ». Le dessin associe l’apport d’or des civils à la victoire militaire.Agrandir l’image

Quel geste l’affiche demande-t-elle aux civils ? Comment le dessin le transforme-t-il en participation à la guerre ?

Du dessin au message de propagande

Le mot « versez » appelle les détenteurs d’or à le remettre au service de l’effort financier de guerre. Le dessinateur est Abel Faivre ; l’imprimeur est Devambez. La notice ne suffit pas à identifier à elle seule toute la chaîne de commande ou de diffusion.

La pièce prend une taille impossible et son coq, symbole français, attaque un soldat allemand reconnaissable au casque à pointe. Ce n’est pas une scène de bataille observée : le dessin fait de l’or une force combattante.

Le message relie patriotisme, financement et victoire. L’affiche cherche à convaincre ; elle ne prouve ni que tous les Français ont versé de l’or, ni le montant récolté, ni que cette contribution garantirait à elle seule la victoire.

À retenir. Les civils contribuent à l'effort de guerre et subissent des violences ; le génocide possède une logique de destruction spécifique.

Étape 4

1917 en Russie : distinguer deux ruptures

La Russie est dirigée par le tsar Nicolas II. Les difficultés de la guerre aggravent les pénuries et les tensions politiques. En février 1917, des manifestations et grèves, puis le ralliement de soldats, conduisent à la chute du pouvoir tsariste. La guerre accélère une crise ; elle n’explique pas seule toute l’histoire russe.

Un gouvernement provisoire se forme. Des soviets, conseils de représentants de soldats et d’ouvriers notamment, exercent aussi une influence. Le gouvernement poursuit la guerre, alors que la question de la paix et celle des terres alimentent les oppositions.

Les bolcheviks, dirigés par Lénine, prennent le pouvoir lors de la révolution d’octobre. Ce n’est pas la chute initiale du tsar : le pouvoir renversé est celui du gouvernement provisoire. Les termes février et octobre reprennent le calendrier russe de l’époque ; ils correspondent à mars et novembre dans le calendrier grégorien.

Le nouveau pouvoir conclut le traité de Brest-Litovsk en mars 1918 : la Russie sort du conflit mondial avec des pertes territoriales importantes. La guerre civile se poursuit. Chute du tsar, prise du pouvoir bolchevique et fin de la participation russe sont donc trois étapes distinctes.

Trois étapes, trois transformations

Tableau de synthèse original Maxdecours, fondé sur les repères historiques cités ; ni archive ni témoignage.

Trois étapes, trois transformations
ÉtapeCe qui change
Février 1917, calendrier russeNicolas II perd le pouvoir ; un gouvernement provisoire se forme. Les bolcheviks ne prennent pas encore le pouvoir.
Octobre 1917, calendrier russeLes bolcheviks renversent le gouvernement provisoire. Le tsar est déjà écarté.
Mars 1918Brest-Litovsk organise la sortie russe du conflit mondial. La guerre civile continue.

Compare les pouvoirs, puis relie la question de la paix aux deux changements de 1917.

Suivre le pouvoir, puis la participation à la guerre

En février, le pouvoir tsariste tombe. En octobre, les bolcheviks prennent le pouvoir contre le gouvernement provisoire : l’adversaire renversé a changé.

Le gouvernement provisoire poursuit la guerre, ce qui entretient les oppositions sur la paix et les conditions de vie. La crise militaire et sociale aide à comprendre ces changements, sans en constituer une cause unique.

Brest-Litovsk intervient ensuite, en mars 1918. Février et octobre suivent ici le calendrier russe de l’époque, avec un décalage par rapport aux noms de mois du calendrier grégorien.

À retenir. Comparer les pouvoirs avant et après chaque événement évite de confondre février, octobre et la sortie de guerre.

Étape 5

Du front à l’arrière : une guerre totale

Les États ont besoin de soldats, mais les soldats ont besoin d’armes, de nourriture, de transports et de soins. Plus la guerre dure, plus cet effort implique l’économie et les populations. Le mot « totale » décrit cette mobilisation étendue des sociétés. Il ne signifie ni que tous les civils combattent ni que tous approuvent la guerre.

Voici une explication construite à partir des documents : « En 1914-1918, l’arrière soutient un conflit long. Les usines fabriquent les munitions que les transports acheminent vers les armées, comme le ravitaillement de Verdun en 1916. Les États doivent financer ces dépenses. L’affiche d’Abel Faivre de 1915 transforme ainsi l’apport d’or en participation à la victoire : elle cherche à convaincre les civils de contribuer. Production, financement et propagande sont donc liés aux besoins du front. »

Ce paragraphe ne se contente pas d’aligner « Verdun, usines, affiche » : il explique les liens entre ces exemples. Une seconde idée complète le raisonnement : les civils subissent aussi pénuries, deuils, occupations et violences. Le génocide des Arméniens a une logique spécifique de destruction d’un groupe, qu’il faut qualifier précisément.

Les révolutions russes montrent enfin comment le conflit peut aggraver une crise politique. La chute du tsar, le renversement du gouvernement provisoire et Brest-Litovsk ne constituent pas un seul événement. De même, l’armistice de 1918 et le traité de Versailles de 1919 sont deux étapes : la fin des opérations avec l’Allemagne ne règle pas immédiatement toutes les tensions.

À l’écrit d’histoire-géographie du DNB 2027, en série générale, le développement construit demande au moins 30 lignes. Le paragraphe ci-dessus montre un lien expliqué ; une réponse complète développe plusieurs idées et leurs exemples. L’évaluation du chapitre propose un texte plus long à consulter après ta propre rédaction.

À retenir. Une réponse historique articule cadre, idées, exemples et explications, en conservant la nature des sources.

L’essentiel à retrouver

Ta fiche de révision

  • 1914-1918 : conflit mondial, plusieurs fronts et étapes.
  • 1916 : Verdun et Somme ; 1917 : États-Unis et révolutions russes.
  • Guerre totale : mobilisation des armées, économies et populations.
  • 1915 : génocide des Arméniens, à distinguer des combats et des génocides de 1939-1945.
  • 11 novembre 1918 : armistice ; 1919 : Versailles. Une source s'analyse dans son contexte.
  • L’affiche de Faivre de 1915 relie l’or des civils à la victoire : son message de propagande ne prouve pas l’adhésion de tous.
  • À Verdun, les pertes réunissent plusieurs catégories ; elles ne désignent pas seulement les morts. Le front dépend du ravitaillement de l’arrière.

Des erreurs à comprendre

Le 11 novembre 1918 est le traité de Versailles.

L'armistice suspend les combats ; Versailles est un traité signé en 1919.

Les femmes n'avaient aucun travail avant 1914.

Elles travaillent déjà ; la guerre transforme certaines activités et mobilisations.

Un témoignage raconte exactement ce qu'ont vécu tous les soldats.

Le témoignage est situé ; confronte sa portée, son contexte et ses limites.

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Sources et repères

Édition Maxdecours · Année scolaire 2026-2027 · Vérification documentaire : 2026-11-01.

Programme du cycle des approfondissements, BO n° 31 du 30 juillet 2020 · Ministère de l'Éducation nationale · Histoire troisième : thème 1, civils et militaires dans la Première Guerre mondiale.

La Première Guerre mondiale : ressource documentaire historique · Éduscol, DGESCO · Appui factuel historique : étapes et sociétés en guerre. Ce document de lycée ne définit pas les exigences de troisième.

Définition des épreuves du DNB à compter de la session 2027 · Ministère de l'Éducation nationale · I.3 : développement construit de série générale, au moins 30 lignes.

La Première Guerre mondiale : ressource documentaire historique · Éduscol, DGESCO · Ressource documentaire de Première, p. 8 PDF : révolutions russes et sortie de guerre ; appui factuel uniquement, sans imposer le programme de Première.

La bataille de Verdun · Mémorial de Verdun · Chiffres, dates 21 février-18 décembre 1916, pertes et ravitaillement par la Voie Sacrée.

Pour la France versez votre or. L’or combat pour la victoire · Library of Congress · Notice 99613501 : auteur, imprimeur, date, nature et déclaration de droits, champs 100, 260, 300, 520 et 540.

Le génocide des Arméniens · Mémorial de la Shoah · Processus de destruction 1915-1916 : arrestations, déportations et massacres.

L’effort de guerre · Archives nationales du monde du travail · Travail féminin, munitions, transports et grèves de décembre 1916-janvier 1917.

Travaille aussi sur les archives et cartes fournies en classe. Fais relire les développements construits ; ce chapitre de synthèse ne remplace pas l'analyse d'un corpus d'archives.

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