Arts plastiques · Quatrième générale · 2026-2027

Images et récits : montage, séquence et fiction

Un récit visuel naît des relations entre les images : leur ordre, ce que le cadre montre et les moments qu’il laisse de côté. Un même objet relie les vues ; une ellipse fait reconstruire une action absente. Changer le montage ou le cadrage change donc ce que le spectateur comprend.

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Objectifs du chapitre

Ce que tu vas savoir faire

  • Expliquer comment l’ordre et les ellipses construisent un récit.
  • Distinguer plan d’ensemble et gros plan selon ce qu’ils montrent.
  • Lire une planche de Muybridge en reliant éléments stables et variations.
  • Créer ou dessiner trois images autour d’un objet qui change de fonction.
  • Commenter un montage à partir d’indices et proposer une amélioration précise.

Une clé peut ouvrir une serrure. Dans une maquette dessinée, elle peut aussi devenir un pont. Comment trois images font-elles comprendre cette transformation sans raconter chaque geste ?

Étape 1

Entre les images, le spectateur reconstruit

Une séquence est une suite organisée d’images. Dans les quatre dessins ci-dessous, un carré bleu garde sa forme et sa couleur, tandis que sa position change. Le cercle et la ligne restent fixes. Ces repères stables permettent de lire un déplacement vers la droite, même si chaque dessin est immobile.

Entre deux positions, le trajet du carré n’est pas montré. Le spectateur le reconstruit : c’est ici une ellipse, un moment laissé de côté. Dans un récit plus long, elle peut aussi faire passer une heure ou plusieurs années. Une ellipse n’est donc pas forcément un oubli ; elle permet de choisir les moments utiles.

Le montage consiste à choisir et organiser les images. L’ordre 1, 2, 3, 4 fait lire un mouvement vers la droite ; l’ordre 4, 3, 2, 1 le fait lire vers la gauche. Les dessins n’ont pas changé : c’est leur relation qui produit une autre lecture. Montrer le résultat d’abord peut aussi créer une attente sur la façon dont il est arrivé.

Décrire et interpréter sont deux actions différentes. « Le carré se trouve plus à droite dans chaque image » décrit des positions visibles. « Il avance pour rejoindre quelqu’un » ajoute un but que les dessins ne montrent pas. Une lecture convaincante s’appuie sur des indices tout en reconnaissant ce qu’elle imagine.

Un déplacement, quatre images

Quatre dessins numériques originaux Maxdecours : déplacement construit avec des repères fixes.

Lis les positions dans l’ordre 1, 2, 3, 4, puis imagine l’ordre inverse. Quel changement de lecture obtiens-tu ?

Image 1 : carré bleu à gauche, au-dessus de la ligne ; le cercle vide reste fixe.
Image 1 / 4 · Carré bleu à gauche. Taille, couleur et repères fixes.
Image 2 : carré bleu au centre gauche, au-dessus de la ligne ; le cercle vide reste fixe.
Image 2 / 4 · Carré bleu au centre gauche. Taille, couleur et repères fixes.
Image 3 : carré bleu au centre droit, au-dessus de la ligne ; le cercle vide reste fixe.
Image 3 / 4 · Carré bleu au centre droit. Taille, couleur et repères fixes.
Image 4 : carré bleu à droite, au-dessus de la ligne ; le cercle vide reste fixe.
Image 4 / 4 · Carré bleu à droite. Taille, couleur et repères fixes.

Compare les images et leurs légendes dans l’ordre. Animer la séquence avec l’abonnement · Me connecter

Un mouvement se lit entre des dessins immobiles

La taille et la couleur du carré restent identiques ; sa position varie par rapport à la ligne et au cercle fixes. Ces indices relient les quatre vues.

Dans l’ordre normal, le déplacement se lit vers la droite. Dans l’ordre inverse, il se lit vers la gauche. Le trajet entre deux dessins est laissé à reconstruire.

Exemple résolu · Pas à pas

Exemple résolu : suivre un déplacement sans inventer une cause

Avec les mêmes quatre dessins, comment faire lire un aller vers la droite puis un retour ?

  1. Dans 1, 2, 3, 4, le carré passe de la gauche à la droite. Le cercle fixe permet de comparer ses positions.
  2. En ajoutant 3, 2, 1 après la quatrième image, on obtient 1, 2, 3, 4, 3, 2, 1 : les positions font ensuite lire un retour.
  3. Aucun dessin supplémentaire n’est nécessaire : certains sont réutilisés. C’est le montage qui change la direction perçue.
  4. On peut conclure « le carré semble faire un aller-retour ». Les dessins ne donnent pas la cause ou le but de ce mouvement.

Un montage produit une lecture à partir des relations entre les images, pas seulement de leur contenu isolé.

À retenir. Le montage organise les images ; l’ellipse laisse un moment à reconstruire ; les indices visibles soutiennent l’interprétation.

Étape 2

Une clé devient pont : choisir le cadrage

Le cadrage délimite ce que l’on voit dans une image. Un plan d’ensemble montre un objet avec son environnement ; un gros plan donne davantage de place à un détail. Un élément hors champ est situé en dehors du cadre. Ce qui disparaît du cadre n’a donc pas nécessairement disparu de la scène.

Dans la fiction dessinée ci-dessous, l’image A associe une clé à une serrure. Dans B, la même clé repose entre les deux rives d’un petit cours d’eau en papier. Dans C, un personnage de carton passe dessus. La clé change de fonction : d’objet pour ouvrir, elle devient passage dans la maquette.

La boucle ronde et les deux dents de la clé assurent la continuité. Le fond change, mais ces caractéristiques permettent de reconnaître l’objet. Entre A et B, la main qui l’a déplacé n’est pas montrée : l’ellipse fait gagner du temps. C apporte l’indice décisif de son nouvel usage, le personnage posé sur le passage.

Un gros plan limité aux dents de la clé rendrait les rives invisibles. On reconnaîtrait peut-être l’objet, mais moins bien sa fonction de pont. Un cadre plus large montrant les deux rives et le personnage explique cette relation. Le cadrage est ainsi un choix de sens, pas seulement une manière de remplir la surface.

Cette transformation peut être dessinée, collée ou construite avec une maquette légère. Le statut de fiction fait partie de sa présentation : « La clé-pont, récit visuel fictif ». Les trois images montrent alors un monde fabriqué et cohérent, dans lequel un objet quotidien change d’usage.

La clé-pont : trois images pour une transformation

Fiction et dessins de maquette originaux Maxdecours, 1er novembre 2026.

A, une clé près d’une serrure ; B, la même clé posée entre deux rives de papier ; C, un personnage de carton traverse dessus. Boucle ronde et deux dents relient les trois images.Agrandir l’image

Quelle image rend certaine la fonction de passage ? Qu’est-ce qui permet de reconnaître la même clé ?

Reconnaître l’objet puis comprendre son nouvel usage

La boucle et les deux dents gardent l’identité de la clé. Entre A et B, sa mise en place n’est pas montrée : c’est une ellipse.

Les rives suggèrent un pont dans B ; le personnage qui traverse dans C rend cet usage explicite. Un cadre qui couperait les rives affaiblirait cet indice.

À retenir. Un cadrage montre certaines relations et en laisse d’autres hors champ. Un objet répété peut relier des espaces différents.

Étape 3

Muybridge : décomposer le mouvement par la photographie

En 1878, Eadweard Muybridge réalise des photographies successives du mouvement d’un cheval. La planche The Horse in Motion reproduite ici est conservée à la National Gallery of Art, à Washington. Elle réunit douze vues en trois rangées ; les inscriptions identifient notamment la jument Sallie Gardner et une prise de vues le 19 juin 1878.

Dans les vues du galop, le corps du cheval et son cavalier restent reconnaissables, tandis que la position des jambes change. Le quadrillage du fond fournit des repères de comparaison. L’image numérotée 12 présente le cheval debout : regarder une planche demande donc aussi de distinguer les vues, sans supposer qu’elles constituent toutes les étapes d’une boucle régulière.

Le procédé décompose un mouvement en instants séparés, ce que permet une série chronophotographique. La planche rend ces états comparables sur une même surface. Elle se rapproche de notre carré bleu par la répétition et les variations, mais elle provient d’enregistrements photographiques du cheval, tandis que le carré est dessiné.

La clé-pont construit encore une autre relation : elle transforme la fonction d’un objet dans une fiction. Une série de photographies, une décomposition dessinée et un récit inventé peuvent tous organiser des images, avec des buts différents. L’auteur, la date, le procédé et l’organisation de la planche aident à préciser ce que l’on regarde.

Eadweard Muybridge, The Horse in Motion, 1878

National Gallery of Art, Washington ; don de Robert B. Menschel, n° 2022.154.13. Tirage à l’albumine. Image du domaine public diffusée sous CC0 ; reproduction IIIF 1600 × 970, consultée le 1er novembre 2026.

Planche sépia en trois rangées de quatre vues : un cheval et son cavalier apparaissent de profil sur un fond quadrillé. Les positions des jambes varient ; la vue 12 montre le cheval debout. Les inscriptions d’origine sont conservées.Agrandir l’image

Agrandis la planche puis choisis « Voir les détails » pour comparer les jambes dans deux vues du galop. Quel repère du fond aide la comparaison ?

Distinguer ce qui reste reconnaissable et ce qui varie

Le cheval, le cavalier et le quadrillage fournissent la continuité. Dans les vues du galop, les jambes changent de position : la planche permet de comparer des états du mouvement.

La vue 12 montre le cheval debout. La planche entière n’est pas une animation déjà réglée : son organisation et ses images se lisent avant d’imaginer une mise en mouvement.

À retenir. Muybridge met des instants photographiés en relation ; la clé-pont invente une transformation. Leur comparaison éclaire le rôle de la séquence.

Étape 4

Faire évoluer un montage à partir de ses indices

Un commentaire d’image peut partir d’un détail observable et construire une lecture : « Je vois la clé posée entre deux rives ; je comprends qu’elle peut servir de pont ». La première proposition décrit ; la seconde interprète la relation entre les objets. Toutes les lectures ne se valent pas : elles doivent rendre compte des indices réellement visibles.

Deux montages de la clé-pont produisent des attentes différentes. A, B, C montre d’abord l’objet, puis son installation et son usage. C, A, B commence par le passage réalisé ; le spectateur cherche ensuite comment cette clé est devenue un pont. L’ordre des images peut donc différer de l’ordre supposé des événements.

Une autre lecture possible de B seule serait « la clé est tombée dans un décor ». C réduit cette ambiguïté en montrant le personnage qui passe. Pour une version à deux images, garder A et C rendrait l’usage compréhensible mais laisserait une ellipse plus grande. Le montage choisit ce qu’il explique et ce qu’il confie au spectateur.

Pour améliorer une séquence, un retour précis vaut mieux que « je n’ai pas compris ». Si un observateur ne reconnaît pas la clé, on peut rendre la boucle plus visible ; s’il ne comprend pas le pont, on peut élargir le cadre aux deux rives. Conserver les deux versions permet de nommer l’effet du changement, sans inventer un avis que personne n’a donné.

À retenir. Une interprétation s’appuie sur un indice ; une révision modifie un choix précis et en explique l’effet.

L’essentiel à retrouver

Ta fiche de révision

  • Une séquence est une suite organisée d’images ; le montage choisit leurs relations et leur ordre.
  • Une ellipse laisse une action ou une durée à reconstruire entre deux moments montrés.
  • Un objet répété, une forme, une couleur ou un décor peuvent assurer la continuité.
  • Le cadrage choisit ce qui entre dans l’image ; le hors-champ se situe au-delà de ce cadre.
  • Un plan d’ensemble montre des relations dans un espace ; un gros plan insiste sur un détail.
  • Une description nomme un indice visible ; une interprétation explique le sens qu’on lui donne.
  • Une série chronophotographique décompose un mouvement en instants ; une fiction peut inventer une transformation.

Des erreurs à comprendre

Confondre ce qui est hors champ avec ce qui a disparu de la scène.

Un recadrage peut cacher un objet toujours présent dans l’espace représenté.

Croire qu’un gros plan explique toujours mieux.

Un détail gagne en visibilité, mais les relations spatiales peuvent disparaître : les deux rives sont utiles pour comprendre le pont.

Attribuer une cause certaine à une ellipse.

Les images peuvent montrer deux états sans montrer qui a provoqué le changement.

Écrire qu’un observateur a compris le pont sans avoir recueilli son avis.

Présente cette lecture comme une hypothèse ou attribue le retour réellement reçu.

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Sources et repères

Édition Maxdecours · Année scolaire 2026-2027 · Vérification documentaire : 2026-11-01.

Cycle des apprentissages fondamentaux (cycle 2), cycle de consolidation (cycle 3) et cycle des approfondissements (cycle 4) : modification · Ministère de l’Éducation nationale · Arts plastiques cycle 4 : représentation, récit, projet et culture artistique.

Eadweard Muybridge, The Horse in Motion, 1878 · National Gallery of Art, Washington · Planche 2022.154.13 : organisation, inscriptions et états du mouvement.

Ordonner le récit : exercice sur les ellipses · Ciclic Centre-Val de Loire, UPOPI · Correction écrite : distinguer les moments laissés entre deux plans.

Les dessins peuvent être faits au crayon, par collage ou avec une maquette légère. Un camarade ou un professeur peut apporter un retour sur la lecture de ta séquence.

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