HLP · Première

L'art de la parole : peut-on apprendre à bien parler ?

L'art de la parole est un savoir pratique : il apprend à comprendre une situation, chercher des raisons sans fabriquer de faits, les ordonner, leur donner une forme et les soumettre à la réponse d'un auditoire. Aristote ne réduit pas la rhétorique au succès ; elle examine ce qui peut persuader dans une question discutée.

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Étude en accès libre
Environ 30 min à 1 h
Progression
8 étapes guidées
Vérification
16 questions
Rappel actif
16 cartes
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Une première étude des explications, schémas, exemples résolus et erreurs expliquées. Les activités, productions, quiz et cartes réservés à l’abonnement ne sont pas comptés ici.

Comprendre1694 mots d’explication et 8 schémas
15 à 27 min
Étudier les exemples et les erreurs8 cas, exemples et activités guidés
16 à 32 min

Étude du cours en accès libre, environ30 min à 1 h

Voir le calcul et le temps par étape

Le calcul suit automatiquement les explications et les tâches présentes dans le cours. Ses coefficients sont des repères de planification, pas des temps mesurés auprès d’élèves.

  • Lecture active : 1694 mots, à raison de 160 à 220 mots par minute.
  • Schémas : 8, avec 1 à 2 min pour lire chacun.
  • Exemple guidé : 8 × 2 à 4 min.
  1. Une parole n'agit jamais dans le vide3 à 8 min
  2. Inventer n'est pas inventer des faits3 à 8 min
  3. Délibérer, juger, louer : trois gestes à distinguer4 à 8 min
  4. Preuves du discours : raison, caractère, dispositions3 à 8 min
  5. Disposer : rendre une raison audible4 à 8 min
  6. Élocution : une figure vaut-elle par son usage ?3 à 7 min
  7. Faire entendre : préparer, jouer, reprendre3 à 7 min
  8. Persuader, connaître, répondre3 à 7 min

Les sous-totaux sont arrondis à la minute, puis additionnés. La fourchette totale est élargie aux cinq minutes voisines. Les étapes ci-dessus comprennent leurs explications et exemples ; elles ne s’ajoutent pas une seconde fois au total.

Adapte ce repère à tes acquis et au soin apporté aux exercices. Les pauses, les reprises, la consultation des sources externes et les révisions suivantes s’ajoutent selon tes besoins.

Avec les ateliers, les entraînements écrits, le quiz et les cartes : environ 2 h 25 à 4 h 15, à répartir sur plusieurs séances.

Objectifs du cours

Ce que tu vas savoir faire

  • Reconstruire une situation de parole.
  • Distinguer invention, disposition, élocution, mémoire et action.
  • Comparer les genres délibératif, judiciaire et épidictique.
  • Analyser preuve, caractère et disposition de l'auditoire.
  • Interpréter une forme en la reliant à une question précise.
  • Préparer puis reprendre une parole orale courte.
01

Étape du cours · 3 à 8 min

Une parole n'agit jamais dans le vide

Avant de relever une figure, reconstruis qui parle, devant qui, sur quelle question, à quel moment et pour quelle décision. Une raison ne vaut pas de la même façon devant une assemblée qui choisit l'avenir, un tribunal qui juge un acte ou une cérémonie qui honore.

Dans le monde grec du Ve siècle av. J.-C., la parole publique se travaille notamment devant l’assemblée des citoyens et les tribunaux. Des sophistes, dont Gorgias et Protagoras, enseignent cet art contre rémunération. Au siècle suivant, Platon en interroge les fins et Aristote en étudie les moyens. À Rome, Cicéron puis Quintilien prolongent cette réflexion sur la formation de l’orateur. Ce parcours explique un enjeu durable : apprendre une technique peut donner accès à la discussion, sans assurer que son usage soit juste.

Aristote écrit : « La rhétorique se rattache à la dialectique. » Il part de la défense et de l'accusation ordinaires pour en faire un art du cas discuté. Cette analyse ne transforme pas toute parole en démonstration scientifique.

On peut lire l'attention à l'auditoire comme une condition de clarté ; on peut craindre l'adaptation opportuniste. Le rapprochement avec la dialectique ancre la première lecture. Connaître les attentes d'un public n'établit ni un fait ni la justice d'une décision.

Voir pour comprendre

Lire la situation avant la formule

Mandat, auditoire, question et décision donnent une fonction aux formes.

  1. Questionce qui est discuté
    oriente
  2. Auditoirecelui qui juge
    reçoit
  3. Formepreuve, adresse, ordre
    vers
  4. Actedécider ou examiner

Lis le schéma. Suis les conditions qui font d'une phrase une proposition à juger.

Une figure n'a pas d'effet fixe hors de la situation.

Exemples résolus et erreurs expliquées

Exemple guidé

ConsigneLe conseil municipal doit décider d'une ouverture de la bibliothèque deux soirs jusqu'à 22 heures. Transforme le slogan « ouvrons plus, c'est mieux » en une proposition que les élus puissent réellement discuter.

MéthodeDistingue le décideur, les publics concernés, la décision exacte et sa durée. Liste une donnée nécessaire sur les besoins, une contrainte de personnel, une valeur en conflit et une objection. Termine par un critère qui permettra de revoir la décision.

Correction

La question devient : le conseil doit-il financer pendant trois mois l'ouverture jusqu'à 22 heures les mardis et jeudis, avec deux agents, pour accueillir les personnes sans lieu calme ? Le budget fictif annoncé est de 18 000 € pour ces trois mois : le discours doit le rendre visible avec la sécurité, sans promettre une hausse générale des résultats. Il peut proposer un comptage de fréquentation, un bilan des incidents et une consultation volontaire. Une objection sur le financement reçoit alors une réponse vérifiable : reconduire, modifier ou arrêter après bilan.

02

Étape du cours · 3 à 8 min

Inventer n'est pas inventer des faits

L'invention cherche définitions, faits, causes, conséquences, exemples, valeurs et objections. Elle ne donne pas le droit de créer un témoignage ou une donnée absente. Une fiche utile sépare ce qui est établi, l'inférence proposée et la valeur qui fait préférer une solution.

Cinna est une tragédie française des années 1640 qui met en scène la Rome d’Auguste. À l’acte II, scène 1, l’empereur consulte Cinna et Maxime : doit-il quitter le pouvoir ou le conserver ? Il compare Sylla, qui a abdiqué, et César, assassiné après avoir gardé le pouvoir. Mais des destins opposés ne suffisent pas à prédire le sien. La scène II, 2 rappelle que les conseillers sont eux-mêmes impliqués dans une conjuration : le spectateur doit donc examiner leurs raisons sans présumer leur désintéressement.

Dans Cinna, l'exemple n'est pas un oracle : « Mais l’exemple souvent n’est qu’un miroir trompeur, / Et l’ordre du destin qui gêne nos pensées / N’est pas toujours écrit dans les choses passées. » Le miroir invite à contrôler ressemblance, différence et conséquence.

On peut y lire une prudence contre l'analogie paresseuse ; on peut rappeler qu'aucune décision ne commence sans mémoire. Le texte ne défend pas l'oubli : il borne un précédent isolé. Une argumentation indique son cas comparable et l'objection qui peut le déplacer.

Voir pour comprendre

Chercher des raisons sans fabriquer de preuve

L'invention sépare ce qui est établi, inféré, valorisé et objecté.

Chercher des raisons sans fabriquer de preuve
RessourceQuestionContrôle
FaitQue sait-on ?source
InférenceQue conclut-on ?prémisse
ValeurQue préfère-t-on ?conflit
ObjectionQu'est-ce qui résiste ?réponse

Lis le schéma. Compare la fonction de chaque ressource avant de l'employer.

Trouver un argument n'autorise pas à déguiser une hypothèse en fait.

Exemples résolus et erreurs expliquées

Exemple guidé

ConsigneUn brouillon affirme : « Tous les jeunes viendront et leurs notes augmenteront. » Reprends cette invention pour un vote local sans inventer de chiffre, de promesse scolaire ou de témoignage.

MéthodeSépare les faits connus, les hypothèses et les valeurs. Remplace les universels par une conséquence limitée ; indique quelle observation pourrait l'appuyer. Cherche ensuite une objection sur le coût ou l'accès, puis formule une réponse conditionnelle qui accepte un bilan.

Correction

Le brouillon ne peut garantir ni fréquentation totale ni progression des notes. Il peut défendre l'hypothèse qu'un créneau tardif offre un lieu de travail à une partie des élèves et des étudiants qui en manquent. La proposition prévoit trois mois, un budget fictif de 18 000 €, un relevé anonyme des entrées et une question volontaire sur l'usage du lieu. L'objection est que la fréquentation soit trop faible au regard du coût ; la réponse honnête n'est pas de l'écarter, mais de fixer à l'avance les conditions d'une adaptation ou d'un arrêt.

03

Étape du cours · 4 à 8 min

Délibérer, juger, louer : trois gestes à distinguer

Le délibératif porte sur une action future, le judiciaire sur un acte passé, l'épidictique sur l'éloge ou le blâme. Cette grille aide à demander si l'auditoire doit choisir, juger ou reconnaître une valeur. Un texte complexe peut changer de geste. Le judiciaire examine surtout le juste et l’injuste, le délibératif l’utile et le nuisible, l’épidictique les qualités ou défauts donnés à reconnaître : le temps verbal ne suffit pas à les distinguer.

Le débat rapporté par Thucydide se tient à l’assemblée athénienne après la révolte de Mytilène, pendant la guerre du Péloponnèse. Une première décision ordonne de tuer les hommes adultes de la cité et de réduire femmes et enfants en esclavage. Le lendemain, les Athéniens rouvrent la discussion. Diodote défend l’abandon de la mise à mort collective en demandant quel choix servira l’avenir d’Athènes. Son calcul d’intérêt ne se confond donc pas avec une démonstration de l’innocence de tous les révoltés.

Diodote recadre le débat de Mytilène : « Je n’ai pris la parole ni pour contredire ni pour accuser personne au sujet des Mityléniens. Ce n’est pas sur leurs offenses que nous avons à délibérer, si nous nous comportons sagement ; mais sur le meilleur parti que nous avons à prendre. » Le discours est rapporté par Thucydide, non enregistré.

On peut lire cette séparation comme une discipline de sang-froid ; on peut craindre qu'elle déplace la justice vers l'intérêt. « Meilleur parti » ancre la fin délibérative sans résoudre ce conflit. Il faut montrer comment la fin organise les arguments.

Voir pour comprendre

Trois fins, trois rapports au temps

Un discours peut mêler les gestes, mais la fin dominante guide l'analyse.

Trois fins, trois rapports au temps
GenreTempsQuestion
Délibératifavenirque faire ?
Judiciairepasséque juger ?
Épidictiquevaleurs présentesque louer ou blâmer ?

Lis le schéma. Repère l'acte demandé avant de nommer le genre.

Un genre est une fonction de situation, pas une étiquette sur tout le texte.

Exemples résolus et erreurs expliquées

Exemple guidé

ConsigneÀ l'inauguration d'une bibliothèque, la maire remercie les agents, raconte les travaux achevés et demande un vote sur une expérimentation de trois mois, chiffrée fictivement à 18 000 €. Distingue les gestes dominants sans prétendre que le discours entier appartient à un seul genre.

MéthodeDécoupe les trois moments. Pour chacun, nomme l'acte attendu de l'auditoire, le temps dominant et la valeur ou le critère invoqué. Vérifie enfin quel passage engage réellement une décision future et lequel rend une qualité présente.

Correction

Le remerciement est surtout épidictique : il fait reconnaître le dévouement des agents et resserre une valeur commune. Le récit des travaux construit un passé partagé, mais ne devient pas pour autant judiciaire. La demande de vote sur les trois mois et les 18 000 € fictifs est délibérative parce qu'elle met en balance une action future, son coût et son utilité. Le texte est donc mixte ; l'analyse ne colle pas une étiquette globale mais explique la fonction de chaque séquence.

04

Étape du cours · 3 à 8 min

Preuves du discours : raison, caractère, dispositions

Aristote distingue le caractère montré par l'orateur, la disposition de l'auditoire et le discours démonstratif ou qui paraît tel. Ce ne sont pas trois boutons : une concession peut construire une prudence, soutenir une raison et modifier l'écoute. On distingue ainsi le logos, l’argumentation proposée, l’ethos, l’image du locuteur construite dans sa parole, et le pathos, les affects et dispositions sollicités chez l’auditeur.

« Les preuves inhérentes au discours sont de trois sortes : les unes résident dans le caractère moral de l’orateur ; d’autres dans la disposition de l’auditoire ; d’autres enfin dans le discours lui-même, lorsqu’il est démonstratif, ou qu’il paraît l’être. » L'apparence de démonstration oblige à reconstituer la prémisse avant d'admirer l'enthymème.

L’enthymème est un raisonnement rhétorique dont certaines prémisses peuvent rester implicites. Dans « l’essai est réversible, donc il faut le voter », l’orateur suppose qu’un essai réversible mérite d’être adopté : c’est cette règle cachée, et pas seulement le mot « donc », qu’il faut examiner. Un essai peut pourtant être trop coûteux ou exposer certaines personnes à des conséquences irréversibles. Cette objection montre pourquoi la réversibilité seule ne suffit pas. Une émotion peut rendre une inégalité sensible ; elle devient un détour si elle empêche de discuter cette prémisse. Ni ethos ni pathos ne changent une inférence fragile en vérité.

Voir pour comprendre

Trois appuis à lire ensemble

Raisonnement, confiance et dispositions ne se confondent pas.

  • Discours

    Que rend-il probable ?

    fait, exemple, enthymèmeconséquence explicitée
  • Caractère

    Comment inspire-t-il confiance ?

    prudence et cohérencebilan accepté
  • Auditoire

    Quelle disposition devient pertinente ?

    enjeu situéinégalité rendue sensible

Lis le schéma. Pour chaque appui, cherche la phrase qui le construit et sa limite.

Aucun appui ne dispense d'examiner les prémisses.

Exemples résolus et erreurs expliquées

Exemple guidé

ConsigneAnalyse cette proposition : « L'essai de trois mois coûte 18 000 € ; nous publierons ce coût et j'accepte qu'il cesse s'il échoue. Donnons une chance à ceux qui n'ont pas de lieu calme. » Distingue ce qui relève du raisonnement, de l'ethos et du pathos.

MéthodeSouligne d'abord les garanties annoncées et formule la prémisse qu'elles supposent. Repère ensuite les mots qui construisent prudence ou responsabilité chez le locuteur, puis la valeur ou l'émotion rendue pertinente. Termine par un contrôle qui empêche cette émotion de remplacer une donnée.

Correction

Le raisonnement propose une expérimentation de trois mois, un coût publié de 18 000 € et une condition d'arrêt ; il suppose qu'un bilan permettra de décider mieux qu'une promesse définitive. L'ethos de prudence vient de l'acceptation explicite d'un échec possible. La dernière phrase rend sensible l'inégalité d'accès à un lieu calme : elle ne prouve pas à elle seule la fréquentation. Pour éviter l'effet de slogan, il faut préciser les horaires, les conditions d'accueil et le mode de bilan, puis permettre une objection sur le coût.

05

Étape du cours · 4 à 8 min

Disposer : rendre une raison audible

La disposition rend la question, la proposition, les raisons et l'objection lisibles. Les cinq opérations de l'art rhétorique sont distinctes des parties internes d'un discours : l'inventio cherche les arguments, la dispositio les ordonne, l'elocutio choisit leur forme, la memoria prépare leur rappel, l'actio leur mise en voix et en geste. Exorde, narration, confirmation, réfutation et péroraison sont, eux, des fonctions possibles à l'intérieur d'un discours, non une série de titres imposés. Un ordre est juste s'il n'efface pas une difficulté décisive.

L’exorde ouvre l’écoute et présente l’enjeu ; la narration expose les faits nécessaires ; la confirmation développe les raisons de la thèse ; la réfutation examine les arguments adverses ; la péroraison rassemble l’essentiel et sollicite une conclusion. Dans le cas fictif de la bibliothèque, l’annonce de l’essai ouvre la question, l’enquête décrit un besoin, puis les raisons et les objections préparent la décision. Ces fonctions peuvent se combiner : leur nom n’impose ni cinq paragraphes ni un ordre identique dans chaque situation.

À l’acte II, scène 1 de Cinna, Auguste, qui hésite entre abdiquer et rester empereur, invite ses deux conseillers à parler : « Traitez-moi comme ami, non comme souverain… / Votre avis est ma règle. » Cinna défend le maintien au pouvoir, puis Maxime le départ. Cette succession fait entendre des réponses incompatibles à une même question. La formule d’ouverture organise une écoute possible ; elle ne prouve ni l’égalité politique ni le désintéressement des conseillers.

On peut valoriser cette promesse de franchise ; on peut observer qu'elle est prononcée par le souverain. Le mot « souverain » ancre la limite. Disposer, c'est rendre raisons et objections repérables dans un rapport de pouvoir, non le faire disparaître.

Voir pour comprendre

Un ordre rend le jugement possible

Question, proposition, preuve, objection et décision forment un parcours à tester.

  1. Questionce qui se décide
    oriente
  2. Propositionparti défendu
    soutenu par
  3. Preuvesfaits et raisons
    rencontrent
  4. Objectiondifficulté réelle
    avant
  5. Décisionacte demandé

Lis le schéma. Compare ce parcours à l’ordre que tu proposes pour les cinq blocs de l’exemple.

Une objection cachée trop tard affaiblit le jugement.

Exemples résolus et erreurs expliquées

Exemple guidé

ConsigneRéorganise ces cinq blocs d'un discours fictif : « 18 000 € pour trois mois », « voter un essai de trois mois », « 42 réponses sur 60 signalent un besoin de lieu calme après 19 heures », « le budget culturel est déjà contraint », « un bilan public décidera de la suite ». Justifie l'ordre choisi.

MéthodeCommence par la proposition pour que les données aient un objet. Place ensuite les réponses à l’enquête, puis le coût et la contrainte budgétaire avant la conclusion. Termine par le bilan. Si une objection sur la sécurité est soulevée, repère l’information absente : les cinq blocs ne fournissent aucune mesure de prévention.

Correction

Un ordre possible est : proposer l’essai ; présenter les 42 réponses sur 60 comme le signalement d’un besoin, pas comme un vote de la ville ; annoncer les 18 000 € pour trois mois et le budget contraint ; conclure par le bilan public. Le coût reste ainsi visible avant le choix final. Si l’auditoire demande comment assurer la sécurité, ces blocs ne permettent pas de répondre : il faut demander les conditions d’accueil et les mesures prévues, ou différer le vote, plutôt que les inventer. D’autres ordres sont recevables s’ils rendent les mêmes enjeux examinables.

06

Étape du cours · 3 à 7 min

Élocution : une figure vaut-elle par son usage ?

L'élocution travaille vocabulaire, syntaxe, rythme, figures, images et convenance. Une anaphore peut soutenir une progression, une antithèse rendre un conflit visible, une métaphore éclairer une relation. Il faut citer le segment et expliquer son effet dans sa situation.

Dans le Phèdre, Socrate vise ceux qui « se sont imaginé qu’en enseignant tous ces détails à leurs disciples ils leur apprendraient parfaitement l’art oratoire ». Il critique une collection de tours séparée d'un but commun, non toute étude de la forme.

On peut y lire une défense de la clarté contre l'ornement vide ; on peut rappeler qu'une forme travaillée aide à retenir une relation. « L'ensemble du discours » ancre cette lecture. Rythme et image facilitent l'écoute sans établir la vérité.

Voir pour comprendre

De la forme à son effet borné

Une figure s'interprète dans une phrase, un mouvement et une situation.

De la forme à son effet borné
ObserverInterpréterBorner
Répétitionorganisene prouve pas
Antithèsemet en tensionne réduit pas tout à deux choix
Imagerend sensiblepeut effacer une différence

Lis le schéma. Pars du segment, décris le mouvement, puis borne ce qu'il établit.

Le style peut éclairer une relation sans remplacer une raison.

Exemples résolus et erreurs expliquées

Exemple guidé

ConsigneCompare exactement ces deux formulations : A. « La bibliothèque ouvrira le mardi et le jeudi jusqu'à 22 heures pendant trois mois pour 18 000 €. » B. « Deux soirs par semaine, la lumière restera allumée pour celles et ceux qui ne peuvent travailler ailleurs. » Dans quel moment du discours chacune est-elle la plus juste ?

MéthodeRelève dans A la précision des jours, de l'heure et de la durée. Dans B, analyse l'image de lumière, le rythme et le public rendu présent. Vérifie ensuite que B ne promet rien de plus que le dispositif de A et décide quelle phrase informe, laquelle peut conclure.

Correction

A convient à la présentation des faits : elle donne jours, durée et coût vérifiables, mais ne dit pas pourquoi l'essai importe. B peut convenir à une conclusion car l'image transforme l'horaire en enjeu humain et crée un rythme plus mémorable. Elle deviendrait trompeuse si l'ouverture n'était pas réellement de deux soirs ou si elle excluait les personnes qu'elle évoque. Les deux phrases ne sont donc pas rivales : la première fixe le contrat, la seconde peut donner une portée à ce contrat sans le remplacer.

07

Étape du cours · 3 à 7 min

Faire entendre : préparer, jouer, reprendre

Mémoire et action concernent architecture, mots-pivots, articulation, pauses, regard et adaptation. Mémoriser ne signifie pas réciter sans comprendre : les mots-pivots doivent permettre de retrouver une raison, une objection et une conclusion.

Cinna donne une réplique écrite et des effets d'adresse, non la trace d'une performance observée. À partir de « Traitez-moi comme ami, non comme souverain », tu peux proposer une pause puis un contraste : cette partition est une lecture actuelle, pas une indication scénique attribuée à Corneille.

On peut valoriser la voix parce qu'elle fait entendre une opposition ; on doit rappeler qu'une diction assurée peut masquer une prémisse faible. L'antithèse écrite justifie un essai, elle ne prouve pas son effet. Un retour vise un comportement et sa conséquence sur l'écoute, jamais une identité.

Voir pour comprendre

De la page à une parole révisable

Plan, mots-pivots, essai et retour préparent une reprise ciblée.

  1. Planquestion et raisons
    devient
  2. Mots-pivotsunités de sens
    s'éprouvent dans
  3. Essaipauses et articulation
    reçoit
  4. Retoureffet et reprise

Lis le schéma. Suis le passage du plan à l'essai, puis au changement observable.

Voix et gestes rendent une structure perceptible sans devenir des preuves.

Exemples résolus et erreurs expliquées

Exemple guidé

ConsigneAnnote ce texte oral fictif : « Nous demandons un essai de trois mois. D'abord, 42 réponses sur 60 signalent un besoin après 19 heures. Ensuite, l'essai coûtera 18 000 € pour ces trois mois, ce qui oblige à un bilan. Enfin, si la fréquentation reste faible, nous arrêterons. » Prépare une reprise d'une minute.

MéthodeDécoupe les trois étapes par des barres et choisis un mot-pivot pour chacune : besoin, coût, bilan. Prévois une pause après « trois mois » et avant « enfin ». Formule un retour sur un seul effet observable, puis définis le contrôle : un camarade doit pouvoir restituer les trois éléments dans l'ordre.

Correction

La reprise ne change pas le raisonnement ; elle rend ses paliers audibles. Tu peux marquer « essai de trois mois / besoin : 42 sur 60 / coût : 18 000 € pour trois mois / bilan : arrêter si faible ». Après la première phrase, une pause annonce l'objet ; après chaque connecteur, une courte pause évite l'empilement. Le retour n'est pas « sois convaincant », mais : « les données sont présentes, pourtant la dernière condition disparaît ; ralentis avant “enfin”. » La preuve de progrès est la restitution des trois éléments, non une impression sur ta personnalité.

08

Étape du cours · 3 à 7 min

Persuader, connaître, répondre

Une technique de persuasion peut rendre une raison publique ou sélectionner les faits, flatter une peur et donner une apparence d'évidence. Ni le succès ni la sincérité ne suffisent donc à qualifier une parole.

Dans le Phèdre, Socrate demande : « N’est-il pas nécessaire, pour qu’un discours soit parfait, que l’orateur connaisse la vérité des choses dont il doit discourir ? » La réponse adverse rappelle qu'une foule peut être persuadée par ce qui paraît juste. Le dialogue oblige à distinguer savoir, apparence et auditoire.

On peut retenir l'exigence de vérité comme garde-fou ; on peut reconnaître qu'une décision publique ne devient pas toujours une démonstration technique. Le mot « parfait » ancre l'idéal. Une parole responsable cite, distingue fait et valeur, traite une objection et accepte une rectification.

Voir pour comprendre

Une persuasion rendue discutable

Faits, raisons, valeurs et réponse doivent pouvoir être examinés.

  • Faits et raisons

    Que sait-on et que conclut-on ?

    source, portée et prémisserapport et conséquence
  • Valeurs

    Que préfère-t-on ?

    conflit expliciteégalité et coût
  • Réponse

    Comment corriger ?

    limite et recoursbilan public

Lis le schéma. Vérifie les trois contrôles ; un accord ne remplace aucun d'eux.

La technique sert le jugement lorsqu'elle ne traite pas l'auditoire comme une cible muette.

Exemples résolus et erreurs expliquées

Exemple guidé

ConsigneUn discours annonce correctement que 42 réponses sur 60 signalent un besoin d'ouverture, mais omet un rapport public signalant deux incidents récents à proximité et le budget fictif de 18 000 € pour trois mois. Évalue ce choix sans affirmer que le projet doit forcément être abandonné.

MéthodeDistingue l'exactitude de la donnée citée, la pertinence de l'omission et l'inférence proposée. Demande ce que l'auditoire doit savoir pour juger le risque, puis formule une réponse qui présente le rapport, ses limites, une mesure de prévention et une condition de rectification.

Correction

La donnée de 42 réponses sur 60 peut être exacte sans constituer un accord général, mais l'omission du rapport et des 18 000 € pour trois mois construit une image incomplète si sécurité et coût influencent réellement la décision. Le discours responsable situe la date et le périmètre du rapport, dit que deux incidents ne prouvent pas une règle générale, puis explique les mesures envisagées : présence d'agents, éclairage ou arrêt du test en cas de nouvel incident. Il ne promet pas que le risque disparaîtra ; il permet à l'auditoire de comparer utilité, coût et sécurité et de modifier sa décision à partir d'informations accessibles.

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Les explications, schémas et exemples résolus restent accessibles ici.

L’abonnement ouvre les huit ateliers d’analyse, les entraînements écrits, le quiz corrigé et les cartes de révision.

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Sources du cours

Édition Maxdecours · Vérifié le .

Programme de spécialité HLP Première, BO spécial du 22 janvier 2019

  1. Programme officiel HLP Premièreprogramme et période · consulté le 2026-09-06
  2. Aristote, Rhétorique, trad. Ruelle, Garnier, 1882I, 1-2 · consulté le 2026-09-06
  3. Thucydide, Guerre du Péloponnèse, III, BuchonIII, 44 · consulté le 2026-09-06
  4. Corneille, Cinna, acte II, Marty-LaveauxII, 1 · consulté le 2026-09-06
  5. Platon, Phèdre, trad. Cousin, tome VI, P.-J. Rey, 1849259e-260a, 269b-c, 273e-274b · consulté le 2026-09-06
  6. Éduscol, Odysseum : histoire de l’art oratoire antiquecontextes grecs et romains de l’apprentissage de la parole · consulté le 2026-09-06
  7. Éduscol, Odysseum : principes et pratiques de l’éloquencedistinction des opérations de préparation et des fonctions internes du discours · consulté le 2026-09-06